ART | CRITIQUE

Weight Watchers

PPaul Brannac
@13 Déc 2008

Weight Watchers. La galerie Xippas, c’est certain, nous avait convié à des expositions aux titres plus plaisants ; l’exposition Palimpseste par exemple. Aux soustractions de cette dernière, la présente propose cette fois des abstractions

Parmi les treize œuvres abstraites donc, les toiles monochromes de Joseph Marioni expriment cet hubris de la libération totale du référent. Leurs titres n’expriment que ce que l’on y voit : Yellow Painting (2008), Red Painting (2004), ou Ochre Yellow Painting (2008) lorsqu’une trace de bichromie transparaît. De la peinture à l’huile donc, rouge ou jaune, répandue en aplat sur des toiles de taille moyenne et de format presque carré.

La couleur déliée de la ligne ne soustrait pas au réel, elle l’abstrait tout à fait. Ce qui peut aussi être un effet d’optique : en grossissant ou en se distanciant à l’extrême du sujet, le sujet n’est plus identifiable, il n’y a plus de figures. Chez Joseph Marioni cependant, la recherche semble tendre à la matière, plus qu’à la perspective, suivant le cheminement esthétique d’Yves Klein, de la couleur vers l’immatériel, le bleu étant pour Klein la couleur qui réfère aux abstraits naturels : le ciel et la mer.

Mais si dans les monochromes bleus d’Yves Klein, l’aplat est parfait (ou à peine mis en relief par les vaguelettes de la toile qui gondole), les coins inférieurs des toiles de Joseph Marioni laissent visibles les traces de l’écoulement des pigments. Indice référentiel ? Sans doute, la peinture affranchie de tout témoigne pourtant — ultime condition de la matière — de sa soumission aux effets de la gravité ; hubris contrarié.

C’est pareillement de défi aux lois de l’attraction dont il est question dans les œuvres plus anciennes de Takis, telles que Magnetic Nowhere II de 1969. Sur un socle de bois, une forêt de petites aiguilles de fer blanc girent au rythme oscillatoire d’un aimant suspendu sur elles comme un plomb.

Plus loin, la Sculpture magnétique (1988) du même auteur, aux formes aléatoires, évoque un autre aspect de ses recherches sur la puissance des aimants. Sculpture technique donc, comme une mise en abîme ironique de la force d’attraction de l’œuvre, dont le magnétisme, à l’instar de l’aimant, s’épuise soudainement, comme la science aime à crever les mystères.

Cependant, à la différence des grandes peinture géométriques et lisses de Dan Walsh et de Ian Davenport, les œuvres de Takis conservent encore leur mystère. Peut-être parce qu’elles ont la générosité absurde des sculptures de Jean Tinguely ou que leur couleur — celle du bronze ciré noir — possède une profondeur d’intrigue. C’est le cas de cette petite pièce massive, brute comme un boulet grevé, intitulée Espace intérieur explosé (1957). Entrelacs éventré de cylindres de bronze épais, boursouflures dorées des bords retournés par l’implosion, tête violentée et repos des courbes polies, comme une conciliation écrue de la matière et de l’abstrait.

Peter Halley
To Be Titled, 2008.Acrylic and Roll-a-Tex on canvas. 190 x 202 cm.

Ian Davenport
Poured Lines: Grip, 2007. Water-based paints on aluminium. 200 x 200 cm.

Joseph Marioni
Red Painting, 2004. Acrylique et lin sur châssis. 71 x 61 cm.

Takis
Magnetic Nowhere II, 1969. Bois, aiguilles, aimant suspendu. 140 x 80 x 48 cm.

Dan Walsh
Untitled, 1999. Acrylique sur toile. 130 x 220 cm.

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