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Weegee, l’oeil de New York. Rétrospective 1930-1960

26 Mar - 18 Mai 2014
Vernissage le 26 Mar 2014

Considéré comme l’un des plus grands reporters de son époque, Weegee est célèbre pour ses photographies en noir et blanc de la vie nocturne à New York. Constituée de près de 130 images originales, d’esquisses de mise en page et de matériel lui ayant appartenu, cette exposition retrace le parcours de ce photographe au regard incisif et plein d’humanité.

Weegee
Weegee, l’œil de New York. Rétrospective 1930-1960

Le Château d’Eau présente une exposition d’Arthur H. Fellig connu sous le pseudonyme de Weegee. Tirés de la collection de la Fondation Auer-Ory, ces vintages emblématiques pour certains et moins connus pour d’autres présentent le parcours de ce fils de rabbin austro-hongrois émigré aux États-Unis à l’âge de 10 ans.
Considéré comme l’un des plus grands reporters de son époque, il est célèbre pour ses photographies en noir et blanc de la vie nocturne à New York. Très jeune il commence à occuper divers emplois pour aider sa famille. On peut imaginer qu’il est attiré par la photographie car assez vite il est laborantin. En 1935, il devient photographe indépendant pour la presse et il choisit la nuit pour éviter trop de concurrence. Par souci d’efficacité, il transforme le coffre de sa voiture en mini laboratoire/bureau équipé pour développer les clichés et taper les légendes sur sa vieille machine à écrire, ainsi il pouvait être le premier à proposer ses photographies aux rédactions.

Sa rapidité et la qualité de ses documents lui valurent de se faire un nom. Il est alors chargé de rendre compte de la réalité de la société américaine, au plus près des événements et fut notamment le premier reporter autorisé à installer dans sa voiture une radio branchée sur la fréquence de la police. Cela lui permettait d’arriver très vite sur les lieux de crime ou d’incendie, parfois avant la police ou les pompiers, pour fournir rapidement les journaux en photographies qui feraient la Une du lendemain.

Mais Weegee n’est pas qu’un opérateur alimentant la presse populaire d’illustrations sur les faits divers, il est aussi et surtout un homme d’image acharné et assidu qui fera de la nuit new-yorkaise son principal motif. Équipé de son appareil à plaque Speed Graphic et de son imposant flash à ampoule, il en saisit le fourmillement en fréquentant tout autant les salles de spectacles que les clubs de Jazz, les foyers de l’opéra que les bars populaires ou les arrières cours, photographiant riches et pauvres, bonheurs et disgrâces avec la même neutralité. Ainsi ses photographies témoignent de cette époque des années 1930 et 1940 marquées par la grande dépression. Leur style direct, l’étrangeté qu’elles confèrent à des scènes pourtant banales, les cadrages qui semblent instinctifs, la frontalité parfois, développent une écriture visuelle qui souvent préfigure l’esthétique qui fera la renommée d’auteurs de la génération suivante tels Robert Frank, dans les Américains ou Diane Arbus.

En homme d’image conscient de la valeur photographique de son travail, avec une énergie semblable à celle qu’il met à couvrir l’événement de l’ordinaire et du quotidien, avec passion et de son œil sûr, il désigne, classe et apparie ses images. Il en fera un livre au titre comme un coup de poing Naked city, paru en 1945. Malgré une écriture visuelle sans complaisance, cet ouvrage fut un immense succès. C’est que Weegee est un génie, comme il se plaisait à penser de lui même et ce que beaucoup ont approuvé par la suite, mais aussi parce que son regard est celui d’un homme sincèrement humaniste.

Fort de sa réputation, il quitte New York en 1946 pour s’installer à Los Angeles. Abandonnant les scènes populaires, Weegee a tourné son objectif vers les célébrités de Hollywood, les starlettes, les demandeurs d’autographes que volontairement il déformait en créant des distorsions surréalistes et des collages bizarres pour mieux défigurer ou ridiculiser ses sujets. Son livre Naked Hollywood composé de ces images expérimentales ne recevant pas la même audience que ses précédents, il revient à ses premiers intérêts. Ces tentatives formelles faites de multiplications du sujet dans le même cadre, d’effets kaléidoscopiques, de déformations optiques, de collages, démontrent toutefois qu’il était un homme passionné par son métier ne craignant pas de bousculer le confort de sa réputation.

Constituée de près de cent-trente images originales, d’esquisses de mise en page et de matériel lui ayant appartenu, cette exposition retrace le parcours d’un photographe dont le regard à la fois incisif et plein d’humanité, s’il lui apporta gloire et fortune, en fit surtout un auteur majeur de l’histoire de la photographie.
Jean-Marc Lacabe