ART | EXPO

We can’t go home again

30 Nov - 11 Jan 2014
Vernissage le 30 Nov 2013

Didier Faustino nous invite à sortir de chez nous et à pénétrer dans un monde ambigu, ressemblant étrangement au nôtre, mais hanté par d’autres nous-mêmes aux armures taillées dans les matériaux de nos propres foyers. L’exposition mobilise ainsi les signes de notre environnement familier mais s'évertue à le retourner, littéralement.

Didier Faustino
We can’t go home again

Didier Faustino nous invite à sortir de chez nous et à pénétrer dans un monde ambigu, ressemblant étrangement au nôtre, mais hanté par d’autres nous-mêmes aux armures taillées dans les matériaux de nos propres foyers.

L’exposition «We can’t go home again» mobilise les signes de notre environnement familier mais s’évertue à le retourner, littéralement, comme un gant, projetant le visiteur dans un univers instable. Convoquant tour à tour la figure d’Absalon, en particulier sa série des Cellules, et les performances où Joseph Beuys, emmitouflé dans sa couverture de feutre, se cloître dans une galerie, l’exposition de Didier Faustino joue sur les motifs de l’entrave, du déplacement et du renversement.

La sémantique des titres demande à être écoutée. Le nom «Home» revient comme une litanie apparemment douce et discrètement discordante. Ainsi le spectacle doit-il non pas «continuer», comme le veut l’adage, mais «rentrer chez soi» (The Show Must Go Home). Ce chez-soi, pourtant, est déclaré inaccessible (We can’t go home again), et sa douceur proverbiale s’est muée en costume (Home Suit Home).
Circulant entre ces titres, le sens se déplace; les thèmes de l’habitat et du confort viennent frotter contre ceux de l’apparence et de l’irréversible.

Or c’est la réversibilité qui caractérise l’installation. De même que le foyer se trouve tour à tour désigné comme un habitacle à occuper et une destination impossible, les figures anthropomorphes qui occupent l’espace principal de la galerie constituent à la fois des intérieurs et des extérieurs, des contenants et des contenus. Elles suscitent d’étranges récits: quel homme s’est de la sorte construit cette molle armure? À l’encontre de quel insidieux péril? À quel désastre cherche-t-il à survivre? De quels moyens sophistiqués a-t-il bénéficié pour en dessiner le savant patron? Protections construites à partir des sols types de nos habitations, elles en exhibent l’envers, et semblent autant armer contre les dangers que désigner la nature de ces derniers. Nos modèles d’habitation, notre façon d’organiser et de loger nos corps, nos édifices spectaculaires, les entraves opposées à nos chairs sont en effet en cause ici.

Les combinaisons de Didier Faustino radicalisent en quelque sorte l’intention architecturale, au point d’énoncer une critique catégorique des planifications du domestique.

Si l’on reconnaît le rapport transgressif de l’artiste à l’architecture, on retrouve également l’inquiétante étrangeté qui caractérise son travail de plasticien. Multipliant les effets de sens, les pièces de l’installation s’inscrivent dans une œuvre en progrès, résolument expérimentale et multiforme, qui entretient une relation fraternelle avec l’opus inachevé du cinéaste Nicholas Ray, auquel le titre de l’exposition rend hommage.

Etrangement inquiets devant nos appartements et nos bureaux, rendus soudain inhospitaliers, nous sommes amenés à penser aux vies qui animent nos décors familiers et aux frontières fictives qui prétendent séparer l’art de nos vies, les décisions politiques de nos modèles esthétiques.

Auriane Bel, novembre 2013