ART | EXPO

Warwarwar, comme les chiens

07 Mar - 02 Juin 2012
Vernissage le 06 Mar 2012

Singulier, voire déroutant, le travail de Philippe Mayaux résiste à ceux qui aimeraient le qualifier. Car cet héritier de Duchamp a choisi l’esquive, préférant confier au spectateur la responsabilité de son interprétation.

Philippe Mayaux
Warwarwar, comme les chiens

On connaît de l’art de Philippe Mayaux les formes organiques et kitsch, l’obsession du corps et du comestible, le tout imaginé dans un registre drolatique et en même temps un peu inquiétant. Face à ces représentations gustatives et dévoratrices, existe pourtant une œuvre plus grave que l’artiste explique ainsi: «Chaque intervention humaine peut connaître deux destinées: l’arme ou le remède. Recette: prenez un pot blanc de n’importe quoi d’inoffensif, faites un trou dedans, introduisez-y un petit tuyau blanc et vous obtiendrez tout naturellement un modèle de canon ou de tourelle.»

«WARWARWAR, comme les chiens» est une exposition monochrome et blanche qui prend pour thème et sur un mode ironique et aseptisé, la guerre, ses armes et son industrie de porcelaine. Côté hostilités, la guerre que livre Philippe Mayaux est propre, elle est celle des vainqueurs, des médias et des communiqués officiels. Coté «humanités», elle ne créée pas de drames, ne fait aucune victime mais présente une multitude d’objets belliqueux symbolisant toute l’absurdité de l’attirail guerrier: un grand manège tout blanc montre des jouets: un char, un véritable avion de guerre, un authentique hélicoptère, un pur champ de bataille, avec toutes les formes dans un vrai carrousel. Des vitrines remplies de modèles réduits de tous les designs d’armes possibles mais en plâtre, fragiles et cassants, des machines absurdes qui se font la guéguerre avec des engins tristement débiles, des sculptures minimalistes fumantes, des drapeaux surexcités etc…

Tout cet ensemble hostile baigne dans la quiétude et le silence du blanc. Si dans le centre d’art tout est blanc et aseptisé, dans le hall en revanche c’est l’émeute! Des mains mécaniques brandissent et agitent, comme dans une manifestation déshumanisée, des panneaux de protestation: «Allez vous faire encadrer», «Le paradis n’est plus sûr». Ici, il ne reste plus rien de l’esprit revendicatif et indigné des derniers résistants, ne subsiste que la logique mécanique et vaine de l’automate.