ART | EXPO

Wanderer Above the Sea of Fog

17 Sep - 28 Oct 2015
Vernissage le 17 Sep 2015

Cette exposition marque les dix ans de la galerie Bugada & Cargnel, à travers l'un de ses axes forts, la promotion de la jeune scène française. S'inspirant du paysage d'état d'âme, de l'introspection et de l'expérience du sublime de Caspar David Friedrich, elle regroupe les travaux de six de ses artistes.

Wilfrid Almendra, Julian Charrière, Nick Devereux, Cyprien Gaillard, Adrien Missika, Claire Tabouret
Wanderer Above the Sea of Fog

L’exposition «Wanderer Above the Sea of Fog» emprunte son titre au tableau de 1818 de Caspar David Friedrich, œuvre majeure du romantisme. Témoignant des thèmes de prédilection du mouvement — le paysage d’état d’âme, l’introspection et l’expérience du sublime —, elle a nourri les réflexions de nombreux artistes jusqu’à l’époque contemporaine.

L’exposition marque les dix ans de la galerie Bugada & Cargnel, à travers l’un de ses axes forts, la promotion de la jeune scène française, et présente des travaux de six des artistes qu’elle représente: Wilfrid Almendra, Julian Charrière, Nick Devereux, Cyprien Gaillard, Adrien Missika et Claire Tabouret.

La sculpture de Julian Charrière, amas de métal et de verre, est inspirée des habitations de Drop City, communauté d’artistes des années 1960 aux Etats-Unis, utopique et pro-technologie. Précurseur dans les domaines de l’énergie solaire et de la communication, notamment avec une réflexion autour d’un réseau annonciateur d’Internet, elle a inspiré de nombreuses communautés artistiques à sa suite. Les habitants de Drop City vivaient dans des dômes géodésiques, souvent faits de capots de voiture recyclés et assemblés. L’artiste a reconstitué une géode identique, avant, dans un geste radical, de l’aplatir avec une pelleteuse.

La sculpture de Julian Charrière porte en elle une double mélancolie: celle de l’échec de l’«American way of life» que symbolisent les capots et celle de l’impossible retour à la contre-culture de Drop City. Elles ne signifient pas pour autant le renoncement à l’utopie: le passage en deux dimensions est pour l’artiste une manière de faire table rase du passé, et ces géodes deviennent un arrière-plan permettant d’imaginer de nouvelles utopies contemporaines.

Les pierres d’Adrien Missika, auxquelles il applique un motif par transfert, sont porteuses des idées de sédimentation et de surgissement. L’artiste procède à des altérations de la matière sur des pierres trouvées dans la nature. Sur leur surface minérale, il crée un microcosme végétal: les plants de cannabis représentés suggèrent un monde intérieur apaisé où l’humeur rêveuse se mêle à des émotions exacerbées et à la transcendance esthétique.

Wilfrid Almendra présente une sculpture murale de verre et de végétaux. Elle évoque l’espace communautaire d’un jardin ouvrier, cristallisant les préoccupations de l’artiste sur les architectures pavillonnaires et périurbaines. Il ne s’agit pas de confronter une esthétique de la précarité à une architecture noble. Bien au contraire, dans une suggestion latente, une présence presque fantomatique, Wilfrid Almendra compose une atmosphère fluide et intuitive, constituée de végétaux et de matériaux voués à l’invisibilité, à la destruction ou à l’oubli. Il les révèle pour leurs qualités propres, sans totémisme ni symbolisme.

Extraits d’une installation monumentale et immersive intitulée Flakturm, les deux huiles sur toile de Nick Devereux sont composées avec la technique traditionnelle du «sight-size», employée notamment à l’époque baroque. Pour cette série, l’artiste a travaillé à partir d’une série de 417 photographies d’archive documentant des toiles disparues dans l’incendie du bunker berlinois Friedrichshain en mai 1945. Nick Devereux propose une relecture de ces images d’images célébrant le souvenir comme outil premier de création.

Le ready-made de Cyprien Gaillard présente une dent de pelleteuse, métonymie du rapport géologique de l’Homme à l’histoire. Elle est le signifiant de la machine qui excave, détruit les traces du passé pour ériger de nouvelles constructions qui, elles aussi, feront histoire. L’œuvre met en exergue notre capacité à faire nôtres comme à faire table rase de nos références, notre histoire, à l’instar de ce que propose Julian Charrière dans son travail.

Claire Tabouret revendique l’inspiration du romantisme allemand. Au cœur de sa toile de grand format, où un personnage féminin cagoulé se tient au cœur d’un paysage désertique parsemé de cactus, l’artiste transpose la figure héroïque masculine en une figure féminine. Ce tableau, nimbé de lumière trouble et aux couleurs sourdes, procède à une inversion des rôles genrés, allant même jusqu’à retourner la figure de la promeneuse vers le spectateur. De ce Wanderer qui l’a elle-même nourrie, Claire Tabouret propose une relecture, tout en célébrant l’onirisme.

Wanderer Above the Sea of Fog — le tableau — nous conte peut-être, finalement, une histoire d’angle, de profondeur de champ et de regard perçant la brume, plutôt que de romantisme. «Wanderer Above the Sea of Fog» — l’exposition — met en exergue les notions de point de vue, de mise en perspective et de clairvoyance. Elle dessine la ligne du temps que parcourent les artistes, filée d’influences et d’intuitions. Elle est, en somme, le miroir de l’âme de la galerie.

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