ART | EXPO

Vues arrière, Nébuleuse stellaire et Le bureau de la propagande extérieure

24 Fév - 17 Mai 2015
Vernissage le 24 Fév 2015

Mêlant souci documentaire et création artistique, l’artiste américaine Taryn Simon investit depuis plus de dix ans, des champs aussi divers que la politique, les sciences, la génétique, la sécurité, l’éthique, la généalogie, la justice… Ses travaux interrogent la puissance et la nature du secret et revèlent la précarité des mécanismes de survie.

Taryn Simon
Vues arrière, Nébuleuse stellaire et Le bureau de la propagande extérieure

L’exposition présente un ensemble d’œuvres réalisées par Taryn Simon depuis 2000. Sa série la plus ancienne, The Innocents, documente plusieurs cas de condamnations illégitimes aux Etats-Unis et pose la question de la crédibilité de la photographie en tant que témoin et arbitre de justice. Elle met de plus en évidence la faculté de cette technique à brouiller la frontière entre vérité et fiction, une ambiguïté qui peut avoir des conséquences graves, et parfois même fatales.

Dans An American Index of the Hidden and Unfamiliar, Taryn Simon établit l’inventaire de ce qui demeure caché et soustrait au regard à l’intérieur des frontières des Etats-Unis. Elle se livre à l’examen d’une culture au moyen d’exemples tirés des domaines de la science, de l’organisation étatique, de la médecine, du divertissement, de la nature, de la sécurité et de la religion. Pour reprendre ses termes, ce travail «découvre le fossé entre les individus auxquels l’accès au savoir est accordé et le reste de la population».

Contraband dresse l’inventaire des articles saisis par les douaniers américains à l’aéroport international John F. Kennedy de New York. Taryn Simon a passé cinq jours et quatre nuits sur place pour photographier en continu 1 075 objets interdits d’entrée aux Etats-Unis, à propos desquels elle a également rassemblé des informations. La méthode de classement de ces images évoque celle d’une collection entomologique: dans leurs boîtes de plexiglas, elles constituent une archive des perceptions du danger et des désirs à l’échelle mondiale.

A Living Man Declared Dead and Other Chapters I – XVIII est le résultat de quatre années de recherche (2008-2011) durant lesquelles Taryn Simon a voyagé à travers le monde pour recueillir les histoires associées à différentes lignées. Dans chacun des dix-huit «chapitres» qui composent l’œuvre, des forces extérieures, liées à des questions de territoire, de pouvoir, de circonstances, ou de religion, se heurtent à celles, intérieures, des héritages physiques et psychologiques. Parmi les sujets abordés se trouvent des victimes du génocide en Bosnie, des lapins de clapier infectés par un virus mortel en Australie, la première femme à avoir détourné un avion, et les paysans dépossédés de leur terre en Inde. A la fois cohérente et arbitraire, la collecte de Taryn Simon dresse une cartographie des rapports entre le hasard, les liens du sang et d’autres facteurs de la destinée.

The Picture Collection (2013) prend comme sujet les archives d’images de la Bibliothèque publique de New York, où sont conservés 1,2 million de tirages, de cartes postales, d’affiches et d’images imprimées. Organisée selon un système de catalogage complexe de plus de 12 000 rubriques, il s’agit de la plus grande bibliothèque iconographique de prêt au monde. Depuis sa création en 1915, la Picture Collection est une ressource importante pour les écrivains, les historiens, les artistes, les cinéastes, les stylistes et les agences de publicité. Dans cette œuvre, Taryn Simon met en évidence le besoin irrépressible d’archiver et d’organiser les informations visuelles, et attire l’attention sur les mains invisibles à l’origine de systèmes de collecte apparemment neutres. Elle voit dans cette immense archive un précurseur des moteurs de recherche sur Internet.

Les vidéos de l’artiste seront également exposées. La première, Explosive Warhead (2007) montre le test d’un missile MK-84 IM (Insensitive Munition) réalisé au Centre d’armement de la Base aérienne d’Engslin en Floride. Ces images ont été filmées au moyen d’un séquenceur à distance qui a fait exploser le missile depuis un bunker de contrôle. La deuxième, Cutaways (2012), est empreinte d’absurdité; elle témoigne en effet d’un épisode kafkaïen lors duquel les deux présentateurs qui venaient d’interviewer Taryn Simon pour l’émission Prime Time Russia, un programme de la chaîne d’information Russia Today, lui ont demandé de rester assise en silence et de les fixer du regard tandis que les caméra enregistraient ces images, destinées à servir de plans de coupe au moment du montage. Dans la dernière vidéo, The Innocents, son film le plus ancien, elle interroge les sujets de ses photographies sur le processus des identifications erronées dont ils ont été victimes.

Vernissage
Mardi 24 février 2015

critique

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