DANSE | CRITIQUE

Vieux Carré

PKatia Feltrin
@14 Déc 2009

The Wooster Group revisite une pièce rarement jouée : Vieux Carré de Tennessee Williams qui pèche par un dispositif scénique trop brouillon. Le jeu des acteurs superbe se noie malheureusement derrière une multitude d’écrans et de technologies un peu gadget.

« Cette maison était occupée autrefois. Elle l’est toujours dans mon esprit, mais par les ombres fantomatiques de ses occupants. » Tennessee Williams

La pièce de Tennessee Williams (1911-1983), Vieux Carré, conçue en 1979, d’abord méprisée par la critique, raconte l’éveil à l’homosexualité d’un jeune homme. Cette « oeuvre de mémoire », autobiographique, écrite à la première personne par un personnage correspondant à l’auteur, fait évoluer un écrivain qui essaie de débuter difficilement une carrière dans le milieu littéraire.

Le Vieux Carré est le nom d’un quartier de la Nouvelle Orléans où le jeune homme emménage pendant la grande dépression. Le sordide appartement meublé est le théâtre de son éveil artistique et sexuel. C’est aussi l’écrin scénique de personnages décadents, ses voisins, qui hantent avec lui ces lieux.

Souffrant de solitude dans sa pension, le jeune homme se laisse rapidement séduire par un peintre lubrique atteint de tuberculose, prédateur sexuel repoussant dont la concupiscence est figurée ici par un godemiché dépassant de son pantalon et de sa robe de chambre ouverte.
Jane, une autre voisine, cherche la compagnie du jeune écrivain, mais ce dernier s’éprend de son petit ami, un rabatteur de boîte de strip-tease qui « larve » dans son lit, abruti par les drogues. La propriétaire, elle, materne le nouveau locataire en lui trouvant un travail pour payer son loyer. Elle le confond avec son fils perdu…

Les corps, inspirés de l’esthétique « débauchée » des films improvisés de Paul Morrissey, — Tennessee Williams fréquentait la Factory et adorait le réalisateur américain —, sont très sexués, dansants, et évoquent le désir par la présence de godemichés ou des phases de dénuement faisant écho à la dramaturgie relative à l’état psychique des personnages.

Télescopant les tensions de la géométrie émotionnelle de cette palette de personnages, les écrans sont là pour figurer les obsessions de chacun face à soi-même et générer les images du passé, du futur, éléments de la trame narrative.

Le jeu des acteurs est parfaitement maîtrisé, notamment ce naturel avec lequel ils expriment le désir, mais la confusion générée par le décor surchargé, par la multitude des sources sonores et des écrans fait crisser notre perception, et plonge bientôt le tout dans une monotonie cacophonique brouillonne et inaudible.

Pionnier du théâtre expérimental américain, The Wooster Group, fondé dans les années 70 sous la direction d’Elizabeth LeCompte, propose en effet une écriture théâtrale contemporaine nourrie une utilisation des technologies du son et de l’image. Mais ici, la sur-agitation épuise le spectateur. En dépit de la générosité et de la liberté du jeu des acteurs, de l’aspect chorégraphique de leur présence, le dispositif scénique souffre vraiment d’une lourdeur, un peu gadget. La profusion débridée, jubilatoire, qui fait habituellement le bonheur du public du Wooster Group les dessert aujourd’hui. Less is More…

— Mise en scène : Elizabeth LeCompte
— Avec : Ari Fliakos, Ellen Mills, Kaneza Schaal, Scott Shepherd, Raimonda Skeryte, Kate Valk
— Lumière : Jennifer Tipton
— Vidéo : Andrew Schneider, Joby Emmons
— Son : Matt Schloss, Omar Zubair
— Production et plateau : Bozkurt Karasu
— Régisseur plateau : Teresa Hartmann
— Assistante : Jennifer Griesbach
— Directeur technique : Aron Deyo
— Chef Electricien : Rob Reese