ART | CRITIQUE

Vidya Gastaldon

PMagali Lesauvage
@12 Jan 2008

Jeune artiste française établie à Genève, Vidya Gastaldon a choisi comme modes d’expression principaux le dessin (elle participa à l’exposition collective consacrée à ce médium, «I Still Believe In Miracles. Dessins sans papier», à l’ARC, en 2005) et la sculpture en laine et broderies.

Qu’elles soient dessinées ou tricotées, ses œuvres appartiennent à un même monde fantastique. D’un trait léger, rehaussés finement au crayon de couleur et à la gouache, les dessins psychédéliques de Vidya Gastaldon montrent des formes réinventées par l’hallucination, incluses dans un univers onirique constitué de «paysages» à la fois micro et macrocosmes.
Ces «cosmogonies» (c’était le thème de l’exposition collective organisée récemment à la galerie, à laquelle Vidya Gastaldon a participé), que l’artiste qualifie elle-même de «métaphores de la conscience», provoquent le plus souvent un sentiment d’étrangeté, voire d’inquiétude.

La représentation d’une nature mystique, transfigurée dans ses Acid Landscapes peuplés de «Smileys» arborant un «Rire cosmique, principe de non-dualité, par-delà le bien et le mal» (Alchimismiley, 2004), évoque l’univers créatif du réalisateur japonais de dessins animés Hayao Miyazaki, en particulier l’organicisme de Princesse Mononoké (1997).
L’influence des philosophies et croyances orientales est d’ailleurs manifeste chez l’artiste, élevée dans un ashram du Doubs et adepte du yoga, citant volontiers Krisnamurti et son concept de la beauté comme «abandon total de soi», ou les Upanisads, spéculations philosophiques hindouistes.

En marge de ces œuvres sur papier, l’artiste présente une série de Tétraèdres en laine tricotée sur une armature de fer. La référence minimaliste de ces structures géométriques simples, représentations rationnelles et froides, contraste avec la matière qui les recouvre telle une protection, la laine, élément organique, animal, «vivant».
Dans le processus de fabrication, l’artiste se réapproprie la pratique ancestrale et traditionnellement féminine du tricot, et évoque par la juxtaposition de figures à échelles différentes, la progression d’un univers évoluant vers l’infiniment petit, faisant ainsi indirectement écho à son œuvre dessinée.
Entre également en résonance avec les dessins l’effigie de Baba, sculpture constituée de fils de laine et broderies: personnage fantastique et inquiétant dont on ne sait s’il est un génie bienfaiteur ou un sorcier maléfique, cette figure tutélaire de shaman impose par sa monumentalité et son regard une présence magnétique.

L’œuvre en apparence naïve de Vidya Gastaldon montre un intérêt certain pour la spiritualité et l’exploration de la conscience, et se situe dans la perspective d’une forme de symbolisme teinté d’humour, où l’on retrouve à la fois l’influence des mangas japonais et le recours à des techniques traditionnelles (dessin, tricot).
L’absence de toute référence au réel rejoint une tendance de l’art actuel sensible au mysticisme et à l’onirisme, où l’inconscient et la transcendance sont des thèmes de prospection privilégiés.

Cette exposition participe au programme « Rendez-vous dans les galeries », une initiative de «Francofffonies ! le festival francophone en France».

English translation : Nicola Taylor
Traducciòn española : Santiago Borja

Vidya Gastaldon
God Mother (Baba), 2006. Papier maché, textile, laine. Hauteur : 200 cm, diamètre 100 cm.
Tussilago Farfara, 2006. Mine de plomb et crayon de couleurs sur papier. 42 x 56 cm.
Tétraède Aspirant, 2006. Bois et laine. 80 x 80 x 80 cm.
Tétraède Obscur, 2006. Bois et laine. 80 x 80 x 80 cm.
Nuclear Baby Atom, 2006. Mine de plomb, aquarelle, gouache et crayon de couleurs sur papier. 24 x 32 cm.