ART | EVENEMENT

Vidéoformes 2013. Habiter le monde. Corps-architectures-imaginaires

21 Mar - 25 Août 2013
Vernissage le 20 Mar 2013

Les installations vidéo présentées au Musée d’art Roger-Quilliot, opposent deux paradigmes: la ville et la nature, et ont en commun la transversalité. Les diverses réalités de l’art: chorégraphie, performance, cinéma, musique, photographie, sont ici impliquées, mais aussi l’architecture, l’économie, la philosophie.

Communiqué de presse
Pierre Coulibeuf
Vidéoformes 2013. Habiter le monde. Corps-architectures-imaginaires

Les œuvres présentées, six installations vidéo, opposent deux paradigmes: l’architecture, d’un côté; le végétal et l’eau, de l’autre. Et ce sont ces deux paradigmes qui, dans Somewhere in between et A Magnetic Space, commandent les différentes postures, attitudes ou gestuelles des personnages. Au contact de la ville ou de la nature, les “acteurs” libèrent des forces qui désorganisent le corps unitaire socialisé, au profit de nouvelles formes humaines et de nouveaux modes d’être.

Le corps est alors un corps pulsionnel qui, à son tour, influence la forme –la rythmique– des œuvres exposées. Un échange énergétique se produit à la fois à l’intérieur de chaque œuvre et d’une œuvre à l’autre.

Des territoires se chevauchent, se croisent ou s’interpénètrent dans l’espace propre du cinéma. La dynamique mentale qui innerve l’œuvre filmique recomposée dans l’espace d’exposition brouille les codes et les frontières, dissout les identités, suscite une réalité autre, mouvante, ouverte à l’activité combinatoire du regardeur.

«Pierre Coulibeuf est un cinéaste alchimiste, maître en métamorphoses et représentations complexes. Il puise son inspiration dans des matières artistiques diverses. Son regard se nourrit des représentations d’autres artistes: plasticiens, chorégraphes, photographes, dramaturges, essayistes, écrivains, performeurs…

Il expérimente à tout va à partir de réflexions générées par ces autres univers, comme des miroirs dans lesquels il tente de s’apercevoir, se comprendre, se définir. Il en découle des créations singulières qui dessinent l’art de Pierre Coulibeuf. Elles transforment notre regard sur ces artistes qui le fascinent et deviennent ses complices dans son œuvre. Par delà cette première étape, c’est à chacun de nous qu’il propose de se trouver, se reconnaître dans ces miroirs-univers.

Au MARQ, Pierre Coulibeuf nous suggère d’ »habiter le monde » qu’il dispose en convoquant des œuvres anciennes et des œuvres récentes. Il les agence différemment et leur donne une dimension nouvelle.

« Habiter le monde » est un énoncé un brin énigmatique pour lequel nous sommes livrés à notre seule interprétation: est-ce une injonction? L’artiste nous donnerait des clés pour nous adapter à un monde en pleine révolution dont l’expansion numérique repousse les limites de la réalité et impacte fortement un modèle social désormais « global »? Ou simple constat, état des lieux, révélateur de dimensions inconscientes?

Artiste mutant, Pierre Coulibeuf nous livre une tentative de « représentation » totale qui va au-delà de la dimension multimédia ou transdisciplinaire de l’art, de la philosophie et de l’humanité, et comprend toutes ces approches.

Rien n’est définitif, tout est sujet à interprétation.»
Gabriel Soucheyre, «L’Harmonieuse dissonance de Pierre Coulibeuf», Pierre Coulibeuf. Habiter le monde-corps-architectures-imaginaires, 2013, Silvana Editoriale, Milan.

Les œuvres présentées:
Somewhere in between, 2004-2006
Portrait expérimental, l’œuvre transpose en fiction la recherche de la chorégraphe Meg Stuart.

Le titre Somewhere in between veut suggérer l’idée d’indétermination: celle des lieux; celle de l’identité de la protagoniste comme celle de l’identité des autres personnages; celle des situations ou des rapports entre tous les individus qui évoluent dans le film. L’indétermination est constitutive du travail chorégraphique de Meg Stuart comme du processus filmique de Pierre Coulibeuf.

Les imaginations de la chorégraphe ont inspiré à Pierre Coulibeuf un récit filmique discontinu, comme une projection mentale. Les deux images en boucle, muettes, ont valeur d’images conceptuelles: répétition et indétermination. Les codes de l’image fixe et de l’image en mouvement sont déplacés, brouillés.

A Magnetic Space, 2008
L’installation a été conçue à partir du court métrage Magnetic Cinema de Pierre Coulibeuf, librement inspiré de la pièce Lugares Comunes du chorégraphe canadien Benoît Lachambre.

L’œuvre touche au domaine du surnaturel. Un jeu d’énergies multiples lie les personnages du film aux éléments naturels -l’air, l’eau, le végétal et le minéral- induisant une gestuelle étrange et pulsionnelle. Ces personnages évoluent dans un espace magnétique où le langage du corps se substitue au langage des mots. Le film suggère un monde animé par des forces obscures, obsessionnelles, -témoignant de la nature cyclique de l’existence. Ainsi vivent les vagues…

L’Homme noir, 1998-2006
Le personnage de l’homme noir, figure des premiers autoportraits de Pistoletto, est le rôle joué par l’artiste quand, libéré par ses œuvres, il administre les images du passé, les images de la mémoire. L’homme noir, c’est «le versant sombre». Avec lui, le monde devient fable, quelque chose qui se raconte, qui n’existe que dans le récit; autrement dit, une interprétation. Le monde est mensonge. De ce point de vue, seuls les mensonges de l’art sont créateurs de vérité. L’artiste est donc «faussaire». C’est ainsi qu’il invente de nouvelles possibilités de vie. L’art simule la vie pour mieux retrouver la vie dans sa plénitude.

La mise en scène «parodique» de l’homme noir – la reprise du «rôle» au cinéma, bien après que Pistoletto ait lui-même créé ce personnage dans le champ de l’art et de la littérature, constitue un nouveau simulacre; celui de l’artiste cinéaste qui interprète la vision du monde qui l’habite.

Delectatio morosa, 1988-2006
(Hommage à Pierre Klossowski)
L’image Delectatio morosa, construite à partir du film Klossowski, peintre-exorciste de Pierre Coulibeuf, est emblématique de l’œuvre de celui-ci: comme une matrice ou un concept-clé pour toutes les productions qui suivent; les thèmes du double, du devenir, de l’identité multiple, du jeu, de l’œuvre comme reflet ou simulacre, empruntés à l’univers de Klossowski, sont les opérateurs des films et des installations de Coulibeuf.

The Warriors of Beauty, 2002-2006
La dimension «labyrinthique» que Pierre Coulibeuf confère à sa vision du monde et de l’individu atteint une forme paroxystique dans cet opus. Le personnage central, Ariane en robe de mariée (est-elle mariée ou va-t-elle passer à l’acte?), parcourt un espace sans fin. Elle y rencontre une multitude de personnages au demeurant monstrueux, chacun soumis a` un destin infernal auquel il ne peut visiblement échapper.

«L’installation a été inspiré de l’univers théâtral de l’artiste flamand Jan Fabre. Fantasmagorie en forme de labyrinthe à entrées multiples où une improbable Ariane en robe de mariée (démon du passage?), nous guide et nous perd dans un monde étrange marqué par la métamorphose, le jeu des pulsions, le dédoublement, la parodie, la ritualisation, la surréalité…»
Pierre Coulibeuf

Le Démon du passage, 1995-2006
La transversalité, l’ambiguïté ou l’indétermination des codes artistiques (la frontière et le jeu entre l’image en mouvement et l’image fixe) sont au cœur de cette installation.
Les catégories traditionnelles des Beaux-Arts (le portrait, le paysage, le nu, la nature morte), avec lesquelles le photographe-plasticien Jean-Luc Moulène conçoit habituellement ses images, sont réinterprétées par le film. Des séries de signes étranges se nouent les unes aux autres dans une atmosphère de (faux) jeu de piste… Des sortes de hiéroglyphes apparaissent ici et là, entrent fortuitement en relation, dessinent des figures mouvantes…

Pierre Coulibeuf est né à Elbeuf et vit à Paris. Cinéaste et plasticien, la création contemporaine est le matériau de son travail plastique et cinématographique. Dans un rapport transversal avec les genres du cinéma, ses œuvres inventent un lieu et un langage à la frontière des disciplines, critiquent les formes établies, questionnent les modes de représentation de la réalité.

Ses nombreux courts et longs métrages sont inspirés des univers de Pierre Klossowski, Michelangelo Pistoletto, Marina Abramovic, Michel Butor, Jean-Marc Bustamante, Jan Fabre, Meg Stuart, Angelin Preljocaj, Maurice Blanchot, Iberê Camargo…
Si ses films sont sélectionnés dans de nombreux festivals internationaux de cinéma (fiction, expérimental, art vidéo), Pierre Coulibeuf présente également ses œuvres sous forme d’installations (vidéo-photo) dans le réseau international de l’art contemporain. Ses œuvres font partie d’importantes collections en France et à l’étranger.

Musée d’Art Roger-Quilliot
Quartier historique de Montferrand
Place Louis-Deteix
63100 Clermont-Ferrand
Tél. 04 73 16 11 30

Vernissage
Mercredi 20 mars 2013