DANSE | CRITIQUE

Vidéodanse

PSophie Grappin-Schmitt
@04 Avr 2008

Pour sa XXVIIe édition, Vidéodanse s'articule autour des relations entre danse et arts plastiques. Avec plus de 170 vidéos présentées cette année, la manifestation nous offre un panorama de la création chorégraphique contemporaine en même temps qu'un parcours historique très riche des différentes formes de rencontre entre ces deux arts.

Si à l’étranger le terme « vidéodanse » désigne une hybridation du médium vidéographique et de la danse — un genre donc, qui reformulerait les enjeux chorégraphiques autant que les stratégies de filmage, et dont le paradigme serait le résultat d’associations telles que celles de Merce Cunningham et Charles Atlas, Anne Teresa de Keersmaker et Thierry De Mey — en France, depuis 1982, il s’agit avant tout d’une manifestation annuelle qui se déroule au Centre Pompidou.

Contemporaine de l’émergence de la « jeune danse française », Vidéodanse a sans doute participé à son essor ainsi qu’à sa diffusion. Car une des caractéristiques de la manifestation est avant tout son ouverture à tous les publics, grâce à un dispositif qui expose la danse plus qu’il ne la projette. Entendons-nous : au lieu de se concentrer sur l’objet filmique et d’enfermer la danse dans un nouveau lieu -— la salle de cinéma —, Vidéodanse l’expose sur divers écrans (moniteurs, vidéo projection) sans jamais faire du spectateur un captif.
Entrée libre, mais aussi gratuité fondent la manifestation et lui garantissent non seulement la fidélité des initiés mais aussi la présence de flâneurs, certains jours très nombreux.

Si en danse contemporaine tous les corps peuvent danser, grâce à Vidéodanse tout le monde peut voir danser …
Alors pour beaucoup c’est l’occasion de se faire une culture ou de réviser ses classiques : cette année Loïe Fuller, Isadora Duncan, Kurt Jooss, Rudolf Von Laban, Mary Wigman, Martha Graham, Vaslav Nijinski, Trisha Brown, Merce Cunningham, Yvonne Rainer et Alwin Nikolaïs composent un parcours historique quasi idéal des grandes figures de la modernité en danse.

Mélangeant captations, documentaires, films d’animation, vidéos d’art et films de danse, la manifestation propose en quelque sorte une refonte et un décloisonnement des catégories à travers le terme générique « vidéodanse », qui, en offrant un contexte commun à ces différents genres, rend hommage aux petites formes autant qu’à la fulgurance de certains regards, parfois plus aptes à rendre intelligible le travail chorégraphique (mélange de mouvements, de qualités de corps mais aussi d’enjeux et de questionnements) avec un simple caméscope, que tout l’appareil hollywoodien.

Cette année, à partir d’un sujet particulièrement fertile -— les relations entre danse et arts plastiques —, Vidéodanse décompose le tissu de liens qui s’établissent au-delà de la correspondance des arts, et interroge l’interdisciplinarité dans ce qu’elle a de plus vivace et actuel. Avec des thématiques aussi variées que « sculpture en mouvement », « réécriture et citation », « dispositif », ou « résistance », la programmation sort du sentier un peu attendu des collaborations, et nous amène à observer la posture commune d’artistes et de chorégraphes qui s’engagent aujourd’hui sur le chemin de la création.