DESIGN | OBJET

Zigzag Console

Signant d'un triple zigzag, la designer Victoria Wilmotte (VW Factory) compose depuis une décennie un mobilier tout en ondulations anguleuses. Telle la Zigzag Console, qui joue la carte de la simplicité élaborée. Pour une pièce duale et changeante, comme un zigzag électrique.

Ludique, le mobilier de la designer Victoria Wilmotte ausculte le pli. Plis, replis, zig et zag… Il y a de la zébrure dans le froissé structuré de ses meubles. Et comme autant de pièces à facettes, les tables, miroirs, bancs, luminaires et objets de la VW Factory rythment l’espace de leurs saccades anguleuses. Ni trop espacées ni trop rapprochées, ni régulières ni irrégulières, ni trop outrées ni trop orthogonales… Il y a presque une recherche musicale dans la qualité des angles et pliures développée par la designer parisienne. À l’instar de son miroir Piega Mirror (2018), un miroir en volume, à la surface diversement pliée, reflétant ainsi divers angles de la pièce. Comme une pierre taillée certes, mais de façon irrégulière. Et de cette irrégularité maîtrisée se dégage un compromis entre sophistication et matière brute. Dans cette même veine, la Zigzag Console (2017) jongle entre régularité et dissymétrie.

Zigzag Console de Victoria Wilmotte (VW Factory) : le zigzag comme signature

Si la perception optique de l’espace, par balayage visuel, donne une durée et un rythme, alors les pièces de Victoria Wilmotte jouent pleinement avec cet aspect. En un sens, la symétrie parfaite facilite l’extrapolation en réduisant le temps de saisie de l’objet complet. Tandis que l’irrégularité ralentit le processus de compréhension, en forçant le regard à (re-)parcourir tous les recoins de l’entité perçue. S’il est un motif récurrent dans la création de Victoria Wilmotte, c’est peut-être celui du zigzag-arrondi. Présent dans sa signature même (VW), le zigzag rectiligne est alors fermé par un demi-cercle. Pour une forme rappelant celle des fantômes du jeu vidéo Pac-Man (1980). Reprenant doublement ce motif, la Zigzag Console se compose de deux pieds et une tablette. Les deux pieds, identiques, étant en zigzag-arrondi. Mais positionnés perpendiculairement l’un par rapport à l’autre. Et sur ces deux pieds repose une tablette, fine, rectangulaire et longiligne.

Zigzag : une console sobre et changeante, à la présence sculpturale

De ses études sous la direction du designer israélien Ron Arad (au Royal College of Art de Londres) Victoria Wilmotte garde un goût de l’épure et des matériaux lissés (minéral et métal). La Zigzag Console mobilise ainsi une tablette polie en marbre Nero Marquina. Soit une pierre dense, très noire, zébrée de failles blanches et gris clair. À ces veines et marbrures aux linéaments complexes répondent des pieds en acier. Lesquels arborent un revêtement par poudre à effet laqué, de couleur bleu cobalt. Pièce brillante dans son polissage, les reflets augmentent le trouble quant à sa sobre géométrie. Tandis que suivant l’angle, Zigzag plonge dans des tons profonds (noir et cobalt) ou miroite d’éclats lumineux. Accordéon, éventail, radiateur… Le plissé de la console Zigzag en fait une pièce simple et rythmée. Un meuble donnant une cadence à l’univers domestique, comme une onde électrique se propageant le long d’une surface lisse.