ART | EXPO

Viallat, une rétrospective

28 Juin - 02 Nov 2014
Vernissage le 28 Juin 2014

Figure essentielle de la peinture contemporaine, Claude Viallat est bien connu pour ses œuvres constituées d’empreintes colorées, disposées sur des supports très variés comme des bâches, tentes, paravents, parasols, etc. L’exposition retrace le parcours de l’artiste nîmois en restituant son exploration incessante des techniques et des matériaux.

Claude Viallat
Viallat, une rétrospective

Figure essentielle de l’art contemporain, Claude Viallat jouit d’une renommée internationale, tout en jouant un rôle majeur dans le paysage culturel languedocien. Le musée Fabre de Montpellier Agglomération propose une grande rétrospective, véritable plongée dans l’univers de l’artiste, de ses débuts à ses travaux les plus récents. Les œuvres de Claude Viallat sont présentées dans les salles d’expositions temporaires et dans les espaces adjacents du musée: le hall Buren, l’escalier Leenhardt, l’atrium Richier et l’hôtel particulier de Cabrières-Sabatier d’Espeyran.

Composée de près de 200 œuvres, peintures, dessins et objets, l’exposition retrace le parcours de Claude Viallat sur plus d’un demi-siècle, restituant son exploration incessante des techniques et des matériaux. Réalisée en collaboration étroite avec l’artiste et conçue à partir du fonds du musée Fabre, de prêts d’institutions nationales majeures, dont le Musée national d’Art moderne Centre Georges-Pompidou, et de l’atelier nîmois de l’artiste, cette rétrospective dévoile l’extraordinaire variété de ses productions autour d’une même forme.
Dans le cadre de l’exposition, et pour la première fois, une sélection d’œuvres inédites, issue de la collection de son épouse, est également révélée aux visiteurs.

C’est vers le milieu des années 1960 que Claude Viallat émerge sur la scène artistique française. Comme de nombreux artistes de sa génération (Parmentier, Rouan, Buraglio, Kermarrec), il opte pour l’abstraction, stimulé par sa découverte de la peinture américaine. Il engage alors une analyse critique des codes picturaux traditionnels en énumérant les différents paramètres qui constituent l’œuvre (châssis, toile, forme, couleur). Annexer de nouveaux matériaux, faire éclater l’espace, mettre en scène le travail du peintre, rechercher l’anonymat, assumer la précarité de l’œuvre, sont quelques-uns des idéaux du groupe Supports/Surfaces dont Claude Viallat est l’un des membres fondateurs.

Dès 1966, l’artiste met au point son système pictural auquel il est demeuré fidèle et qui lui permit d’un coup d’évacuer le problème de la représentation: utilisation d’une forme aussi neutre que possible qui fait songer à une palette ou à un osselet. Cette forme entre en contact avec des supports variés, en se répétant à l’infini: draps de lits, toiles de tentes, rideaux, sacs de jute, parasols, voiles de bateau. Ce rebut de la civilisation est annexé dans le champ de l’art par l’artiste avec sérieux, joie et une bonne part d’ironie.

Les supports neutres et purs du début ont laissé place, à partir du milieu des années 1970, à des formes de plus en plus complexes et heurtées à travers des raboutages hâtivement collés, qui font penser aux collages cubistes de Braque ou de Picasso. Les motifs préexistants des supports, comme dans les bâches militaires, rugueuses et compartimentées, autorisent les combinaisons les plus variées. La forme, toujours la même, rythme ces espaces inexorablement, semblant se jouer de toutes les difficultés. Dans certaines toiles de grand format, l’effet «All over» est à son maximum d’efficacité. L’artiste semble habité par une sorte d’ivresse de l’expansion infinie. L’exubérance de la couleur est à son paroxysme avec des reflets moirés qui sont autant un hommage à l’art de Venise (Véronèse, Titien) qu’à Henri Matisse auquel Claude Viallat est toujours demeuré attaché, dialoguant à l’occasion avec son œuvre à travers des toiles hommages superbement colorées.

Claude Viallat s’inscrit dans une longue filiation de peintres de la couleur qui va de Delacroix en passant par les fauves jusqu’à Simon Hantaï. Il n’a jamais dit son dernier mot. Installé à l’intérieur d’un travail «nombreux et spiralé», l’artiste guette ces «infimes déplacements», ces écarts qui orienteront l’œuvre à venir et lui apporteront, après coup, sa vraie signification.