DANSE | CRITIQUE

Univers Light Oblique

07 Oct - 11 Oct 2014
Vernissage le 07 Oct 2014

Six danseurs éprouvent sur scène la ténacité du lien entre le graphe de l’écriture et la trace chorégraphique. Militant pour la reconnaissance de la centralité du langage dans le projet dansé, Georges Appaix met en scène, entre voix et geste, une réflexion sur l’écriture entendue au sens large, comme signification, inscription dans la matière ou calligraphie.

Georges Appaix
Univers Light Oblique

«L’œuvre tout entière de Georges Appaix, laquelle ne date pas d’hier, est une ode à l’écriture: celle qui, depuis plus de vingt-cinq siècles, se calligraphie, se typographie, qui se trace en hiéroglyphes, en lettres, qui se compose en alphabet, s’ordonne en syntaxe. Ce chorégraphe a le don unique de traduire cela en danses polyphoniques, partagées entre la voix et le geste, également une riche scénographie, empruntant à la beauté des graphies de tous les espaces et tous les temps. Six danseurs œuvrent à Univers Light Oblique, fidèles à ce travail depuis de longues années, dans une écriture, chorégraphique celle-ci, qui n’a aucun souci des modes, et qui s’offre légère, en se gardant d’assener, pour un doux voyage de l’esprit. Parmi les idées qu’il avance, le chorégraphe s’émerveille de ce que chaque être humain procède à son appropriation personnelle de la langue, tout en restant compréhensible de tous ceux qui la parlent. Belle invitation à un libre partage. »

«Univers Light Oblique touche au cœur même de l’œuvre de son auteur. Dans le milieu des années 1980, Georges Appaix donnait successivement à ses premières pièces les titres Antiquités, Arrière-salle, Affabulations; autant d’attaques par la lettre “A“. Pouvait-il s’agir d’un hasard ? Il pensa le contraire. Ainsi est-ce sous la forme d’un abécédaire que s’enchaînèrent les titres des dizaines de pièces que Georges Appaix a composées depuis lors. Il ne s’agit pas que de coquetterie. Sans gêne pour se dire “non intellectuel, ni même érudit“, cet artiste confie l’attirance qui toujours l’anima, en direction de la chose écrite: “Non seulement la littérature, mais aussi bien le papier, l’encre, le tracé des caractères“. Et c’est précisément l’idée d’écriture qui le fit se tourner vers la danse contemporaine. “Celle-ci paraissait formidablement neuve, se souvient-il, territoire de tous les possibles; pour moi cela signifiait une opportunité d’expression, d’élaboration d’un point de vue“. Tôt dans les spectacles de Georges Appaix, on vit des danseurs se mettre à parler sur scène, quand chose n’était pas encore si courante.

On s’approche ici d’une question fondamentale en danse, qu’Univers Light Oblique contribue à éclairer. C’est la question du langage. On sait comment la danse pâtit d’une faiblesse d’approche culturelle. Dans le fatras de lieux communs qui s’y rattache, on entend considérer qu’elle relèverait de l’insondable mystère du régime de l’indicible; hors langage. De cela, Univers Light Oblique fournit le démenti méthodique et réjouissant. Ses six interprètes sont comme plongés dans un bain d’écriture. Tout dans leurs mouvements fait apparaître en quoi un geste vaut toujours déjà opération d’interprétation — de lecture — du monde; comment il se dessine, se projette, se coordonne, s’articule et se combine, fait signes et se déploie en syntaxe.

Certes relevant d’un régime d’abord sensible, le geste dansé énonce. Il fictionne sa forme de relation au monde. La perception y constitue une opération de reconnaissance, désignation et activation d’une représentation; amorce d’un langage. En cela, la danse serait manière singulière de lire le monde, par l’opération même d’y insuffler des formes qui le font lisibles. Dans le cas d’Univers Light Oblique, tout cela opère le plus joyeusement du monde. Cela ne saurait être une mauvaise nouvelle, notamment en pensant aux plus jeunes des spectateurs qu’on y invite.»

Gérard Mayen

Chorégraphie et mise en scène: Georges Appaix
Lumières: Pierre Jacot-Descombes
Images: Renaud Vercey
Son: Olivier Renouf
Avec: Georges Appaix, Séverine Bauvais, François Bouteau, Sylvain Cassou, Pascale Cherblanc, Sonia Darbois