DESIGN | EXPO

Une table pour Madeleine et Jean Prouvé

24 Oct - 30 Nov 2013
Vernissage le 24 Oct 2013

Pour la première fois depuis que son créateur l’a offerte à Madeleine et Jean Prouvé, la «Table Jeanneret» sort de la famille pour être exposée en galerie. Signe d’une amitié exceptionnelle, incarnation de la vision architecturale de Pierre Jeanneret, cette œuvre unique a jusqu’ici fait partie de la vie intime de la famille Prouvé.

Pierre Jeanneret
Une table pour Madeleine et Jean Prouvé

Le symbole d’une amitié et d’une vision commune de la modernité

Pierre Jeanneret et Jean Prouvé se rencontrent dans les ateliers de Le Corbusier quelques années avant la 2e Guerre mondiale. Leur première collaboration professionnelle date de 1938 et initie une longue amitié.
«Vous êtes le seul à ma connaissance apte à traiter techniquement, spirituellement et sainement les problèmes qui nous préoccupent, moi en particulier», écrit Pierre Jeanneret à Jean Prouvé après la guerre.
Jean Prouvé lui fera écho en 1968, en hommage posthume: «J’ai beaucoup travaillé avec lui et tout était simple, Pierre déroulait son film de belles images, car simultanément, il pensait et dessinait puis, quand il le pouvait, réalisait avec ses mains très habilement. Son sens de la construction était tel que ses projets illustraient une œuvre déjà totalement construite en esprit…»
Offerte en 1943, la « Table pour Jean Prouvé et sa grande famille » a été dessinée par Pierre Jeanneret pour le nouvel appartement nancéen de la famille Prouvé. De nombreuses personnalités s’y arrêteront: suivra les Prouvé dans leur nouvelle maison en 1954 et restera dans la famille jusqu’à aujourd’hui.
Conçue pour l’espace où elle allait s’insérer, en fonction de la famille qui allait l’utiliser, dans les matériaux alors facilement disponibles en ces temps de pénurie, c’est un condensé et une affirmation de la pensée de Jeanneret.

Une vision à la fois architecturale et fonctionnelle

La «Table Jeanneret» traduit en un geste la vision architecturale que son auteur a du mobilier et la notion du « rendement d’utilisation » qui lui est chère et qu’il mettra en œuvre dans son projet d’immeuble à Puteaux en 1947.
Destinée à une pièce traversante de l’appartement de Prouvé, elle a été dessinée en tenant compte de la circulation dans ce passage, dans un souci d’urbanisme domestique propre à un projet d’architecte.
Avec sa forme de trapèze allongé, la table est pensée dans sa valeur d’usage, en fonction des besoins familiaux. Grâce aux multiples configurations possibles, elle accueille aussi bien une petite tablée de 4 personnes que les grandes assemblées de 10 que Prouvé aimait recevoir. Les carreaux de céramique insérés dans l ‘épais plateau de bois facilitent le travail de la maîtresse de maison.

Une sculpture de bois massif

«Il sentait souvent les choses en sculpteur» dira de lui Creswell.
Avec sa forme extrêmement libre, ses trois pieds massifs et arrondis, les tranches adoucies de son plateau, la «Table Jeanneret» dégage une esthétique nouvelle, qui tranche avec le verre et le métal prédominants dans le mouvement moderne.
Elle partage pourtant l’esprit de la « table en forme », souvent associée à Charlotte Perriand et mise en oeuvre pour le bureau-boomerang de J.R. Bloch.
L’usage du bois répond sans doute aux contraintes des temps de guerre, mais son épais plateau de madriers de sapin assemblés de languettes de chêne s’inscrit profondément dans l’esthétique de Pierre Jeanneret, qui aimait « les belles épaisseurs de plateau ».
La blondeur et la patine du sapin ajoutent à la douceur des lignes, qui évoquent paradoxalement les pliages de tôle de Jean Prouvé.

Un travail de recherche exceptionnel

Autour de la «Table Jeanneret», François Laffanour – Galerie Downtown Paris présente une sélection de pièces importantes de Jean Prouvé et Pierre Jeanneret, fauteuils, tables, banquette, bureau, qui entrent en écho à la pièce maîtresse de l’exposition.
La galerie a également mené un exceptionnel travail de recherche documentaire, rassemblé dans une monographie publiée à l’occasion de l’exposition. Archives photographiques, plans et publications d’époque illustrent les textes de François Laffanour, Catherine Prouvé, Hélin Serre et Anne Bony-Gurrey.