ART | EXPO

Un peu d’espace(s)

19 Sep - 24 Oct 2015
Vernissage le 18 Sep 2015

Cette exposition de Jean-Michel Sanejouand inaugure le nouvel espace de la galerie situé au 4, passage Sainte-Avoye à Paris. Elle balaie plus de cinquante ans de production de l’artiste, parcourant ses différentes séries qui évoluent aussi bien dans le champ sculptural que pictural. La notion d’espace s’impose comme la puissance motrice de son œuvre.

Jean-Michel Sanejouand
Un peu d’espace(s)

Parcourant les différentes séries de l’artiste, empruntant au champ sculptural comme à celui du pictural, l’exposition propose de mettre en lumière la richesse d’une production qui se déploie sur plus de cinquante ans.

Au-delà d’un titre de circonstance, la notion d’espace que l’on retrouve à de multiples reprises dans la terminologie choisie par l’artiste, s’impose comme la puissance motrice de l’ensemble de son œuvre. Cet enjeu se met en place dès les emblématiques Charges-Objets (1962-1967), qui selon les mots de l’artiste «répondaient à un besoin soudain d’expérimenter l’espace concret et à un désir violent de provoquer cet espace» (Qu’est-ce que l’art français?, Crac Midi-Pyrénées/La Différence, Paris, entretien de Bernard Lamarche-Vadel avec Sanejouand, 1986).

Leur force provocatrice ne s’arrête pas là. Véritables éléments perturbateurs, ils préfigurent nos réflexions sur le statut d’œuvre d’art en particulier, et sur la société de consommation naissante en général. Ils définissent un nouvelle forme plastique qui n’est ni peinture, ni sculpture, ou peut-être les deux. La réconciliation est entérinée, en témoigne ici l’assemblage émouvant d’un lacet de cuir et d’une toile blanche (1962). Les matériaux choisis sont simples, extraits de notre quotidien et interchangeables dans le temps.

Pas de place pour les tentatives de fétichisation de l’objet d’art. Ces formes sont libres, à l’image de leur créateur. En témoigne par la suite le geste vif et audacieux de ses Calligraphies d’humeur, saynètes humoristico-érotiques réalisées à l’encre de Chine entre 1968 et 1978.

La puissance libératrice qui se dégage des œuvres de Jean-Michel Sanejouand ne paraît pas connaître de limite physique. Tout ce qui ne peut être réalisé dans l’espace concret se retrouve propulsé dans le champ du tableau et de l’imaginaire avec d’autant plus de force et d’attraction. C’est le cas de ses Espaces-Peintures (1978-1986), paysages aux vifs aplats cernés de noir, dans lesquels auraient été réalisées des Organisations d’espaces monumentales. A défaut, mais pour notre plus grand bonheur, elles dégagent une beauté hypnotisante qui s’évade de la surface plane de la toile.

Dans les Peintures Noirs et Blanc (1986-1992), la couleur est momentanément abandonnée pour laisser place à une maîtrise parfaite de l’espace et du vide. Le coup de brosse très caractéristique de cette période structure non seulement l’espace du tableau concerné, mais crée une troisième dimension invisible qui le lie aux autres représentants de la même série. La suite en 15 en est la plus belle illustration.

L’exposition fait également la part belle à sa pratique sculpturale et présente ici un ensemble de sculptures réalisées à partir de pierres glanées pendant les marches de l’artiste (1989-). Assemblées et peintes en noir, elles évoquent oiseaux, dolmens ou moaï miniatures. Là encore il est question d’espace, celui formé entre et autour d’elles, et celui crée par le dialogue avec leurs homologues 2D des Sculptures-Peintures (1996-2001) et des Espaces-Critiques (2002-2008).

L’exposition retrace ainsi cinquante ans de pratique et montre combien la liberté de création se révèle bénéfique pour le développement des formes et des idées. On est frappé une fois de plus par le caractère inventif et précurseur de Jean-Michel Sanejouand. Chacune de ses expérimentations semble anticiper la prochaine nouvelle vague et ce n’est pas ses dernières sculptures de pierre qui le contrediront.

Julia Mossé

Jean-Michel Sanejouand est né en 1934 à Lyon. Il vit et travaille à Vaulandry.

Vernissage
Vendredi 18 septembre 2015 à 18h