DANSE | SPECTACLE

Umwelt

04 Déc - 08 Déc 2015
Vernissage le 04 Déc 2015

Le spectacle Umwelt, créé en 2004 par la chorégraphe française Maguy Marin, bénéficie aujourd’hui d’une seconde jeunesse puisqu’il sera présenté au Théâtre de la Ville du 4 au 8 décembre 2015 en écho à la cop21.

Maguy Marin
Umwelt

Dix ans après sa création, la réception d’Umwelt, immense chef-d’oeuvre de Maguy Marin, demeure une expérience percutante – pour certains déroutante. Au fond du plateau, l’action court dans un couloir ménagé entre des plaques miroitantes qu’agite un vacarme d’ouragan et de sons. Par des interstices, on perçoit une fugue de scenes juxtaposées, fulgurantes. Aussitôt disparues qu’apparues, les situations sont vives, les lumières somptueuses, les costumes foisonnants. Tout le banal quotidien mais encore la mirifique richesse des vies et des cultures défilent là, entêtants, hypnotiques, en renonçant à toute hiérarchie des liens et des récits. Magistrale, vertigineuse, on y vit une confrontation à l’épuisement des possibles, quand le spectacle du monde a tant de peine à composer du sens.

La reprise d’Umwelt au Théâtre de la ville est liée à la cop21. Y a-t-il un rapport entre ce qui a guidé cette création, voilà dix ans, et les préoccupations climatiques et environnementales qui s’expriment aujourd’hui?
Maguy Marin: Au début je n’ai pas pensé à la question des déchets, c’est venu au fur et à mesure… La pièce s’intitule Umwelt, que l’on peut traduire par «environnement» ou par «milieu». Pour moi, c’était plus le milieu dans lequel on vit… On travaillait sur la manière dont le monde est affecté par nos façons de vivre, et comment le monde nous affecte.

Il y a souvent, en amont de vos créations, des textes qui vous nourrissent.
M. M.: Au moment de Umwelt, c’était surtout la découverte de Spinoza, grâce au livre de Gilles Deleuze qui m’a incité à lire L’Ethique. La question des déchets vient précisément de ces lectures-là, et aussi de celle d’un éthologue, Jacob von Uexküll: comment on prend pour soi des choses du monde et comment on jette ce qui ne nous convient pas.

Votre danse est respectueuse des corps, quel que soit l’âge des interprètes. C’est aussi une question éthique: vous prenez en compte les ressources corporelles!
M. M.: Je ne choisis pas des gens qui vont servir un projet, je fais des projets qui vont servir les personnes avec qui je travaille. Quelque chose se répartit selon les capacités de chacun: la maturité chez les plus âgés, la fougue chez les plus jeunes… Les corps sont les corps des personnes : on ne peut rien jeter de cela.

Cette attitude reflète-t-elle le regard que vous portez, plus largement, sur la société actuelle?
M. M.: On commence à se rendre compte qu’on est pour beaucoup dans la misère de  certains pays, qu’on s’est enrichis sur le dos des autres; et ici-même, les riches s’enrichissent sur le dos des pauvres. On a l’impression qu’il faut vite gagner de l’argent parce qu’on ne sait pas ce qui va nous tomber sur la gueule. Mais ça sert à quoi d’avoir un compte en banque bien rempli et quatre maisons si on doit tous crever ? La question, c’est de vivre, pas d’accumuler. De quoi a-t-on besoin pour vivre ? Je pense vraiment à la décroissance, à quelque chose qui radicalise notre façon de vivre en amenuisant nos besoins.

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