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Trônes délaissés

17 Avr - 28 Juin 2015
Vernissage le 17 Avr 2015

Puisant dans des sujets traditionnels comme le portrait et la nature morte, Ivan Pinkava développe une œuvre photographique picturale et si «matiérée» qu’elle en devient tangible. Ses portraits d’hommes et d’objets, aux attitudes et mises en scène iconographiques familières, s’imposent silencieusement dans une atmosphère froide et chargée de tensions.

Ivan Pinkava
Trônes délaissés

Ivan Pinkava développe une œuvre photographique qui puise ses sujets dans les thèmes traditionnels du portrait et de la nature morte, et ses références dans la peinture et la mythologie. Ces étranges portraits d’hommes et d’objets, aux attitudes et mises en scène iconographiques familières, s’imposent silencieusement dans une atmosphère froide et chargée de tensions. Ils sont à la fois saisissants et fascinants, attrayants et repoussants; plongés dans la lumière, figés dans leur nudité. La figure y est jeune, masculine, androgyne; une ambiguïté qui n’est pas sans rappeler les modèles et les canons de perfection empruntés à la Renaissance.

Portraits et natures mortes forment un tout. Unis par la mise en scène et le traitement de l’image, par les cadrages resserrés, forts, par la richesse de leur matière, mais aussi par leur contenu inhérent, allégorique. Il émane de ces photographies un sentiment d’urgence, de désespoir et de frayeur que la lumière et les clairs obscurs soulignent dramatiquement. La construction des images, l’épuration des mises en scène, les détails subtils et connotés, appellent le visiteur; ils l’interpellent, le captent et le retiennent, comme pour le rendre attentif à quelque chose qu’il aurait oublié.

La photographie d’Ivan Pinkava est picturale, texturée et si «matiérée» qu’elle en devient tangible. Ici, c’est le grain d’une peau lisse qui court sous nos doigts, là, les muscles saillants d’un corps sec qui se dessinent, le froid du métal d’une chaise qui se ressent, la rugosité d’une couverture qui nous enveloppe, ou encore le touché rassurant d’un vieux cuir défraîchi qui se matérialise. Ces corps et ces objets se rencontrent dans un espace et se retrouvent dans une temporalité définie par la photographie.

Adam, Saint Sébastien, le Pendule de Foucault, ou encore le Divin et le mystique revisités, détournés. Ivan Pinkava dépasse le caractère religieux et symbolique d’origine de chacun de ces portraits et natures mortes pour illustrer une métaphore universelle: le temps qui passe. Se faisant, la frontière entre la vie et la mort s’efface au profit d’une autre réalité, atemporelle, qui mêle l’histoire au présent, associe des figures mythologiques aux visages contemporains et réveille par là-même une prise de conscience chez le regardeur: le caractère éphémère de son essence et des choses. Telles des vanités incarnées, les photographies d’Ivan Pinkava se donnent à lire. Memento mori.
Barbara Hyvert