DANSE | CRITIQUE

Travelogue I-Twenty to eight

PMarianne Rapegno
@28 Mai 2008

Sacha Waltz revient au Théâtre de la Ville avec Travelogue I - Twenty to Eight, sa première pièce créée en 1993 à Berlin ; une création manifeste qui, quinze ans plus tard, n’a pas pris une ride.

A huis clos entre des murs défraîchis d’un appartement de l’est berlinois, l’enfer c’est toujours les autres. La conversation polyglotte que Sacha Waltz entretient avec ses quatre colocataires est un petit théâtre des contrariétés de la vie en commun. Prétexte à des chorégraphies convulsives, les micros fictions du quotidien basculent volontiers dans le délire surréaliste.

La vie de cette tribu trentenaire est décrite avec autant d’humour que de cruauté. Sous le toit de cette auberge espagnole, un vaudeville dansé raconte les mimétismes qui se dessinent à force de vivre ensemble, les humeurs qui se rassemblent, les exaspérations, les retrouvailles, les petits drames sans lendemains. Chacun dans son coin s’affaire, outré par les bruitages existentiels de l’autre.

Sacha Waltz décrit avec justesse les nuits insomniaques autour de la table de cuisine, où l’on partage les repas comme on se déchire les restes du frigo, on l’on échange les ragots comme les moments de sensualité, à la lueur des lumières de la ville, avec la radio qui chantonne en fond sonore.

Sur le plateau, on voit les fantasmagories et les manies solitaires, les hystéries collectives, les intrigues amoureuses qui se nouent jusqu’à l’érotisme. Ainsi, sur quelques pas de tango la chorégraphe retrouve Nasser Martin-Gousset, son partenaire de l’époque. Pour déjouer ces petits secrets, encore, on s’épie.

La répétition de ces gestes du quotidien que l’on connaît si bien est poussée jusqu’à l’absurde et transforme l’anecdote en un expressionnisme surréaliste que les danseurs incarnent subtilement, comme des spasmes, des inspirations. La danse est pulsion et nous emporte sur les rythmes cadencés de Tristan Hosinger et de Jean-Marc Zelwer. Travelogue I est un petit bijou dans un écrin à rayures qui raconte le mal d’une génération urbaine à bout de souffle mais qui garde l’eau à la bouche.

— Date de création : 1993
— Direction et conception : Sasha Waltz
— Musique : Tristan Honsinger Quintett
— Lumières : André Pronk
— Chorégraphié et dansé par Sasha Waltz, Maria Marta Colusi, Nasser Martin-Gousset, Edivaldo Ernesto, Ákos Hargitay, Davide Camplani, Takako Suzuki, Mamajeang Kim, Charlotte Zerbey, Florencia Lamarca sur un air de tango