ART | EXPO

Transcendental Materialism

08 Jan - 25 Fév 2011
Vernissage le 08 Jan 2011

Influencé par les philosophies orientales, l’art de Sarah Rapson fait preuve d’une rare humilité comme d’une extrême intensité. Immobile au cœur de l’agitation sociale, il s’installe en silence quand tout est consumé.

Sarah Rapson
Transcendental Materialism

L’exposition de Sarah Rapson «Transcendental Materialism» a été conçue en premier lieu pour le Zürcher Studio à New York (26 juin-26 juillet 2010) avant d’être accueillie à la Galerie Zürcher de Paris dans une version renouvelée. Plusieurs oeuvres ont été réalisées à cette occasion.

Sarah Rapson a vécu 17 ans à New York, puis en 2004, elle est retournée vivre en Grande-Bretagne, dans le Dorset où, du haut des falaises, elle peut chaque jour contempler la mer. Ainsi a-t-elle vécu presque retirée du monde, «as wise as a Chinese hermit» pour emprunter la formule d’Agnes Martin quand elle s’était exilée au Nouveau Mexique. «J’ai toujours conservé une relation très romantique avec l´art qui se combine avec mon intérêt pour les philosophies orientales, précise-t-elle, pour moi l´art et la vie sont indissociables.»

Fascinée par le caractère «consubstantiel» de l‘œuvre d’art (pour reprendre une notion théologique) considérant cette fusion paradoxale du caractère immatériel de «l’œuvre de l´esprit» avec la matérialité de sa «valeur d´échange», elle associe parfois dans certaines peintures — telles les New York Times Sutras (2008) — la grille minimaliste et des coupures de vieux journaux, parmi lesquels on trouve nombre de comptes-rendus de ventes et d’expositions et parfois même des listes de prix ou bien encore des photographies noyées dans la peinture: vues prises dans une exposition (par exemple Frank Stella).

Autant d’images définissant un espace mental. D´autres œuvres comportent des images imprimées et plus récemment des photographies prises avec un Leica 35mm — l’appareil photo cher à Robert Frank, son photographe vénéré (particulièrement pour les photos London/Wales) — mais aussi avec un téléphone mobile bon marché. On y voit des hommes sur Lombard Street en costume cravate longeant la rue d’un pas pressé, obstinés et fragiles. Cette obstination et cette fragilité sont des qualités qu’on retrouve dans ses vidéos. Ainsi East Cliff montre une femme traînant une valise pleine de sable jusqu’à la limite de ses forces, «parce que j’avais beaucoup aimé le film sur Camille Claudel avec Gérard Depardieu dans le rôle de Rodin et aussi parce que j’avais pris moi-même l’habitude de traîner des sacs bourrés de matériel sur Canal Street» dit-elle simplement. Manière aussi de définir le rapport du corps à l’espace pris dans un système de forces invisibles et vision métaphorique de l’artiste en action.

Si Sarah Rapson fait référence aux structures et aux réseaux du monde de l’art, elle se tient aujourd’hui sur l´arête d’une pente qui la conduit à s’en éloigner. Sa démarche devient plus radicale avec l’apparition des Ash Paintings (2008) puis des Ash Banners (2010). C’est en partant du postulat que l´art est de nature transcendantale, qu’elle cherche à définir sa «vraie valeur».

Ni fun ni entertainment, la fonction de l’art se rapprocherait pour elle de la méditation. L’art de Sarah Rapson fait preuve d’une rare humilité comme d’une extrême intensité. Immobile au cœur de l’agitation sociale, il s’installe en silence quand tout est consumé.

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