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Le train des Pignes

10 Juil - 10 Oct 2021
Vernissage le 10 Juil 2021

Artiste niçois qui vit à Bruxelles, où il a appris à mieux apprécier les couleurs vives, intenses et la lumière tranchée de sa région natale, Sébastien Reuzé veut faire de la photographie un outil « antipub » de partage sans hiérarchie, ancré dans son contexte local et social.

Tous les fleuves ne vont pas à la mer ! Celui du photographe Sébastien Reuzé remonte à sa source, au fil des rails du train des Pignes. Il a créé, par des photographies présentées le long des voies, et par un journal Instagram alimenté tout l’été, une rivière imaginaire, qui charrie ses souvenirs provençaux et sa vision d’un art contemporain proche du public dans ses eaux chaudes, fortement contrastées, qui scintillent sous la lumière du Sud.

L’art, hors-du-commun pour choses communes

Sébastien Reuzé voit la photographie comme un voyage  — voyage du train des Pignes, bien sûr, de Nice à Digne — mais aussi voyage imaginaire, au fil de la mémoire, qui emmène l’art vers son public, mettant au même plan un « art de musée » et la culture populaire. L’identité elle-même est un voyage, un regard rétrospectif de l’artiste sur sa propre construction, une anamnèse. Ce retour aux sources, Sébastien Reuzé le matérialise par une rivière imaginaire, souvent rouge, à l’instar du sang riche en oxygène qui irrigue nos vaisseaux, support de nos vies et de nos histoires. Sa rivière est faite de compositions et de superpositions d’éléments végétaux et minéraux. Elle s’expose dans les principales gares du train des Pignes, et sur Instagram, de son estuaire à sa source.

À la gare de Nice, on voit déjà les premières fissures dans la roche ; on devine à Saint-Isidore le suintement initial, qui se jettera dans la mer à Digne. Le journal en ligne suivra le même parcours, sur un temps plus long, s’arrêtant au passage pour mentionner les événements d’intérêt dans la région : un bal à Saint-André-les-Alpes, une fête à Méailles, un concert à Plan-du-Var…

Les photographies de Sébastien Reuzé, qui s’affichent presque au format des panneaux dans le métro, se veulent donc des « antipubs », un moyen de renouer avec notre environnement, de retourner à la source plutôt que de se perdre dans une éternelle quête vouée à l’insatisfaction. Elles valorisent les biens communs, ceux que nous partageons tous, et qui ne visent pas à l’exceptionnel, mais au contraire, au quotidien.

Relier les gens, les genres et les générations

Le train des Pignes a été choisi pour cela : c’est le rendez-vous des usagers réguliers, qui le prennent au quotidien pour se rendre à l’école ou au travail. Le train, comme le compte Instagram, crée entre les gens un faisceau de communication gratuit et accessible, sans élitisme.

Les genres se mélangent aussi : « art de musée » et vide-grenier à Barrème, littérature et photographie, science-fiction et poésie… Le projet puise son inspiration dans les grands fleuves de légende : le retour aux sources de l’Odyssée, mais aussi celui d’Au Cœur des Ténèbres (Joseph Conrad) ou de Le Jour de la Création (JG Ballard), dont les citations parsèment le journal. Sélectionnées pour leur évocation du fleuve et de la mémoire, elles recréent un roman dans le roman, un courant de lecture interne au flux de l’écriture.

C’est un message éminemment politique, de vouloir amener l’art aux gens, plutôt que l’inverse, de supprimer la hiérarchie des genres et le cloisonnement des disciplines pour mener un projet transverse, en mouvement dans le temps et l’espace, en ligne et en réel, qui tient compte des contraintes matérielles, mais aussi sociales, de son lieu d’exposition.