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Toward Eternity

Derrière la naïveté du trait et la candeur des personnages (des petits chiens, des chats, des cochons d’inde, des soucoupes volantes…), Aya Takano parvient à faire cohabiter dans ses dessins et ses peintures toutes les traditions picturales du Japon.
Alliant l’art de l’estampe à celui du dessin animé, ses œuvres rappellent par moments l’atmosphère des films de Miyazaki (Le Château dans le ciel, Le Voyage de Chihiro, etc.). On peut y voir des geishas se promener côte à côte avec des playmates (The Old Days Before The War 4), des jeunes filles abritées par des ombrelles marcher sur des nuages, ou bien encore de petites ballerines aux seins nus s’élever au-dessus de planètes rouges où les fleuves ressemblent à des dragons (Eretz Aheret, The Underground Kingdom).

Éloge loufoque de son pays, l’œuvre d’Aya Takano nimbe l’univers des mangas d’un halo de poésie. Voilà sans doute pourquoi, dès 1998, ses dessins retinrent l’attention de l’écrivain Haruki Marakami dont les histoires ressemblent elles aussi à de drôles de rêves dans lesquels les dormeurs ne savent plus s’ils rêvent ou bien si la réalité est devenue encore plus folles que leurs délires (si tant est que le rêveur soit le japon lui-même).

Mais ce qui retient particulièrement l’attention, dans cette exposition, c’est la présence insistante (plus d’une dizaine de dessins) de jeunes filles à genoux, les bras et les visages tendues vers le ciel. Si la comparaison ne frôlait pas l’impiété, nous pourrions voir en elles de nouvelles Marie-Madeleine implorant le Christ de pardonner leur vie passée.
Les mains jointes et le regard mouillé de larmes, toutes semblent vouloir se déprendre de leurs rôles de courtisane pour devenir des femmes adultes et responsables ou du moins, est-ce l’impression qu’elles donnent.

Plus que des images reflétant la culture populaire japonaise, les œuvres d’Aya Takano interrogent les fantasmes de son peuple et la situation de la femme relativement à ceux-ci. C’est là sans doute la raison pour laquelle ses œuvres trouvent un tel écho dans le Japon d’aujourd’hui et, plus généralement, dans le monde de l’art contemporain pour qui le corps de la femme est devenu un objet d’adoration en même temps qu’un fétiche.

Aya Takano
Eretz Aheret, the Underground Kingdom, 2008. Acrylique sur toile. Diamètre 100 cm
The Old Days Before The War 4, 2008. Crayon et aquarelle sur papier. 40,4 x 48,2 cm
I’m Watching from Uranus, 2008. Acrylique sur toile. 70 cm hauteur
Watching from Jupiter, 2008. Acrylique sur toile. 165 cm hauteur
The Storm has Come to the City, 2008. Acrylique sur toile. 60 cm hauteur
Shamisen Girl, 2008. Acrylique sur toile. 37,7 x 9 cm et 37,7 x 11 cm
Floating in Midair, Going to Space, 2008. Crayon et aquarelle sur papier, encadrement. 31,5 x 28,2 cm
On the Way to Revolution, 2008. Acrylique sur toile. 200 x 420 cm