ART | EXPO

Tout commence par les pieds

24 Jan - 01 Mar 2009

François Daireaux est un artiste marcheur qui cherche à appréhender l’activité humaine dans ses implications traditionnelles et folkloriques.

Communiqué de presse
François Daireaux
Tout commence par les pieds

François Daireaux peut, sans conteste, se définir comme un artiste pérégrin. Quoique l’idée de pèlerinage puisse corrompre la compréhension d’une démarche (dans toutes les acceptions du terme) profondément originale. Tout commence donc avec les pieds, le déplacement, la visite, l’exploration, la découverte. Le mouvement, non dans sa vacuité moderne, mais comme rencontre avec différentes cultures pour appréhender l’activité humaine dans ses implications traditionnelles, le plus souvent occultées ou folklorisées. L’artiste développe ainsi un projet cohérent né au coeur de l’atelier pour mieux embrasser le monde.

Une pratique de la forme et du sens induite par la matière même. Un savoir-faire prenant en compte la répétition, le recyclage, l’interaction, le renouvellement, la diversité des matériaux et leur capacité sensible et tactile, à se transformer voire à se métamorphoser. Le voyage s’apparente-t-il à «une esthétique du divers», comme le proposait Victor Segalen ? Ici, pourtant, se décline en permanence le refus de tout exotisme mercantile corollaire obligé d’un point de vue colonialiste. «Ceci, universel, n’est que ma vision à moi: artiste: voir le monde, et puis dire sa vision du monde» (toujours Victor Segalen). Le voir, le comprendre, l’appréhender, par le travail comme processus vital, organique. Et si «chaque époque et chaque société recréent ses propres «autres»» (Edward W. Said), François Daireaux pense concrètement l’autre et l’ailleurs, de façon indivisible. L’humanité n’existe que dans l’oeuvre accomplie. Par et pour le geste, il retrouve l’universel en observant, modelant, découpant le rituel de la production inlassablement réitéré. Quand Jacques Demy réalise en 1955 Le Sabotier du Val de Loire (commentaire dit par Georges Rouquier), il propose tout à la fois un documentaire sur la fabrication des sabots mais surtout une réflexion sur la fuite du temps.

Pour François Daireaux, l’artisan indien, chinois, marocain participent à un rapport au temps où la nostalgie s’efface. Ils représentent autant de révélateurs de la multiplicité des modes d’interventions, de styles, de vies, périphériques et constitutifs de l’essence humaine.

«La pluralité est la condition de l’action, parce que nous sommes tous pareils, c’est-à-dire humains, sans que jamais personne soit identique à aucun autre homme ayant vécu, vivant ou encore à naître» (Hannah Arendt). L’artiste marcheur, sculpte, dessine, filme, photographie. Plus que dans la fonction, François Daireaux se révèle dans la pratique. Par là même, se découvre un parcours où cette oeuvre originale, essentiellement et radicalement contemporaine, n’existe que dans une mise en rapports et en questions avec des lieux et des espaces. Commencée à l’Abbaye de Maubuisson, cette exposition se poursuit et se développe aujourd’hui à la Villa Tamaris. La Galerie Les Filles du Calvaire et la Galerie Dix9 prendront le relais de ce parcours qui se terminera provisoirement à l’Artothèque de Caen, comme autant d’éléments d’un vaste projet en perpétuel devenir dont la force critique ne se comprend que dans la maîtrise aléatoire des formes.