PHOTO | CRITIQUE

Tour d’un monde

PRoland Cognet
@27 Mai 2008

Tour d’un monde, l’exposition que consacre la Maison européenne de la photographie à Georges Rousse invite à pénétrer l’univers à la fois rationnel et poétique de ce plasticien. Alliant peinture, sculpture et architecture, il crée des photographies qui, en dépit de la complexité de leur élaboration, s’imposent par leur évidence.

Georges Rousse avait commencé par investir des bâtiments abandonnés voués à la destruction. Ces dernières années, il a multiplié les interventions en extérieur (au Népal, en 2005) ou dans des monuments historiques (au musée Réattu d’Arles, en 2006). A chaque fois, il s’appuie sur les spécificités historiques et physiques des lieux pour créer des images. Il peint, sculpte, découpe et aménage l’espace. Fragmentaires, ses interventions semblent arbitraires.

En fait, la photographie leur donne cohérence et unité. Tout est affaire de point de vue. C’est sur le dépoli de la chambre photographique que la magie a lieu: une carte géographique ou un mot apparaissent, un carré ou un disque se dessinent. Hommage apparent à l’abstraction géométrique, au land art et à l’art conceptuel, la pratique de Georges Rousse renvoie plutôt à la rationalité des peintres renaissants, qui découvrirent la perspective linéaire, et à l’illusionnisme des peintres baroques, qui multiplièrent les trompe-l’œil aux plafonds des églises et des palais.

L’exposition est importante puisqu’elle occupe trois étages de la Maison européenne de la photographie. Néanmoins, ce n’est pas une rétrospective. Elle se concentre sur les travaux récents mais se refuse d’exclure les travaux anciens qui sont réduits à une projection et à quelques dessins. Un même flottement parcourt l’accrochage, qui hésite entre des rapprochements formels et des séries topographiques.

L’exposition recèle pourtant quelques trésors, à l’instar de ces deux polaroïds (Madrid, 2006) qui montrent que l’œuvre de Georges Rousse pourrait fort bien s’accommoder du petit format. Ils n’ont certes pas la monumentalité des grands tirages. Mais leur modestie est en accord avec la précarité des mises en scène que l’artiste soumet volontiers aux inconstances de la lumière. Ainsi, dans Casablanca, 2003, le puzzle complexe et multicolore formé dans l’espace est encore perturbé par les rayons du soleil.

Surtout, le visiteur comprend que tout cela n’est pas simple tour de force. A cet égard, deux séries montrent combien les interventions de Georges Rousse dépendent de la nature des lieux et cherchent à en révéler la spécificité.
Luxembourg, 2006, porte sur une aciérie abandonnée. En écho à l’importance historique de la sidérurgie et à sa crise actuelle, Georges Rousse a marqué ce lieu déserté du mot «Mémoire». Il l’a décliné dans plusieurs langues pour rappeler la diversité des nationalités des ouvriers qui se sont succédés sur le site. Cette série comprend aussi de très troublants faux diptyques où un espace construit s’insère dans l’espace réel de l’usine tout en semblant d’une autre nature. Ces deux états d’un même lieu pourraient être une métaphore du temps et de ses transformations.

L’osmose avec l’espace est aussi particulièrement visible dans la série réalisée au Népal. Panauti consiste ainsi en un arc enflammé qui, se reflétant dans l’eau, forme un cercle parfait. Éphémère, l’intervention fixée par la photographie ouvre sur le temps long de la contemplation et de la méditation.

Publication Georges Rousse. Tour d’un monde. 1981-2008, Arles, Actes Sud, 2008.

Georges Rousse
Vitry, 2007. Photographie.
Casablanca, 2003. Photographie.
Irréel, Genève, 2003. Photographie.
Baldwin, 2006. Photographie.
Drewen, 2003. Photographie.

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