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To face

31 Mar - 29 Mai 2016
Vernissage le 31 Mar 2016

La série de photos «To face» réalisée par Paola De Pietri, figure majeure de la photographie italienne actuelle, présente le paysage sous une lumière contemplative et à travers un prisme historique.  Il s’agit d’un espace du quotidien dans lequel s’inscrit à la fois l’intimité des histoires personnelles et l’envergure architecturale de l’Histoire du monde.

Paola De Pietri
To Face

Les photos de Paola de Pietri présentées dans « To Face » (2009-2011), sont à première vue essentiellement consacrées à un certain paysage. Au nord-est de l’Italie, il s’agit d’un paysage où la verdure, qui tire sur un jaune un peu lugubre, et l’aridité de la roche se composent en habile harmonie avec le ciel. De sa lumière spectrale, celui-ci apparaît sur toutes les photos, à la fois discret et majestueux. Et jamais – toujours à première vue – la moindre présence humaine. Donner à voir la force naturelle des espaces envisagés est ce qui semble importer le plus à Paola Di Pietri, qui a mis le territoire au centre de sa pratique artistique. Elle en tire des images à la fois très structurées dans leur composition et très délicates dans le rendu des valeurs ou des teintes.

Mais les paysages qui sont réunis dans «To Face» ne sont pas le fruit d’une seule démarche contemplative. Et l’absence de présence humaine ne signifie pas pour autant que l’humain est exclu de ce projet, bien au contraire. Bien que hors champ, l’humain est en réalité au cœur du sujet, enraciné qu’il est dans le paysage qu’il a un jour visité, traversé ou habité. Paola De Pietri s’intéresse de près aux interactions entre homme et paysage et leur histoire commune.
Les photos présentées dans «To Face» nous parlent donc des hommes qui ont vécu sur les espaces qu’elle scrute et nous en dévoilent l’histoire à travers les traces qu’ils ont laissées. Le relief du paysage est ici comme le miroir, voire le prolongement, des aspérités profondes de l’homme. Chacune des photos répond, à sa manière, à cette question: comment le vécu de l’un s’inscrit durablement sur l’autre ? La rudesse de la roche semble faire écho à certaines blessures, tout comme l’abondance soyeuse de l’herbe peut évoquer la douceur d’une résilience après un choc.

« To Face » aborde les stigmates de la Grande Guerre dans les régions des Alpes et du Carso, à la frontière avec l’Autriche. Des vestiges tels que les murs de protection en pierre, sols déformés par les bombardements, réseaux de tranchées ou encore les tombes se devinent sur les photos. Paola De Pietri nous dit à propos de cette série: «sur les montagnes, où le temps humain s’est arrêté et où seul le rythme de la nature a imprimé sa trace, les paysages qui semblent naturels sont en fait le résultat de batailles livrées et de vies vécues tous les jours pendant des années par des centaines de milliers de soldats». Ces traces évoquant les batailles sanglantes, les combats interminables et la peur sont figées dans le paysage malgré l’érosion du temps.