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To Be Straight With You

… C’est pourtant ce que propose DV8 dans sa dernière livraison, To Be Straight With You, qui doit vouloir dire quelque chose comme « pour être direct avec vous » ou, tout simplement, « franchement dit », mais qui a aussi le double sens d’hétéro (opposé à « queer », homo).

Un retour au bon vieux Tanztheather, en somme. Un come-back du théâtre dansé. Et, aussi, du prosélytisme et du militantisme d’antan, celui des années 1970. En faveur des minorités sexuelles, homos, plus précisément, comme si le message n’avait pas suffisamment porté depuis cette époque. Un agit’prop tout ce qu’il y a de plus propre ou de représentable, et, il faut le reconnaître, parfaitement mis en scène. Pas exactement du Sprechgesang mais du « parler danser », tout simplement. Vingt-cinq personnages ayant réellement existé (le livret de la pièce a été « écrit » à partir de dizaines d’heures de témoignages, dans un souci vériste ou documentariste) sont évoqués sous forme de brefs sketches.

Une scénographie réduite au minimum : un mur en béton, une loge de gardien, un terrain vague et un lampadaire, rappelant le décor brut de décoffrage du film culte de DV8, Dead Dreams of Monochrome Men. Un terrain vague à la West End Story. Une porte, une fenêtre d’où surgiront, à tour de rôle, les comédiens-danseurs qui rappelleront que la condition de l’homosexuel n’est pas de toute gaieté, en Europe comme dans le reste du monde.

Un genre proche des comédies musicales dont les Anglais, on le sait, sont particulièrement friands. Avec d’excellents acteurs-danseurs formant une « troupe cosmopolite » mais ne poussant pas la chansonnette, malgré une bande-son mêlant divers rythmes, lignes de basse et thèmes allant de la techno à la musique pop indie et indienne, en passant par le dub. Avec les moyens techniques actuels : micros HF, effets audiovisuels, pour ne pas dire « multimédia » auxquels les fidèles de la manifestation « Exit », qui a également lieu dans ce mix-Mac (au printemps), sont habitués, notamment d’animation, façon cartoon à la Émile Cohl, mêlant personnages et dessins, réalisé « live », aucun temps mort entre les sorties et les entrées des personnages.

Politiquement, on est dans le constat et la dénonciation, comme dans certaines pièces autobiographiques -— mais il n’y en a pas tant que cela en danse — de Bill T. Jones (à propos du Sida) ou de Blondell Cummings (à propos de la mort violente de son père). Du coup, le spectacle est bavard. Et, malgré la condamnation de la religion, dont on sait la tartufferie (en particulier du sort fait aux gays dans les pays dits musulmans), il a quelque chose de sulpicien.

Des images d’Épinal passées par le filtre brechtien ; un réalisme socialiste anachronique faisant par moments songer à l’imagerie du film Dogville ; l’utilisation didactique du tableau noir un peu comme les pancartes du théâtre d’Alfred Jarry. A priori, rien de bien léger, donc. On ne fait pas vraiment dans la dentelle. Du texte, beaucoup de texte. Les lieux communs de l’homophobie. L’appel au meurtre (ce que le militant Peter Tatchell a nommé « Murder Music »), parfois écrit comme un graffiti, parfois projeté sur l’écran translucide placé devant les comédiens. Cela rappelle le karaoké et les talkartoons des années trente des frères Fleischer.

Mais, curieusement, et c’est cela qui est gênant, aucune critique de la conception ou de la notion même de « spectacle ». The show must go on, a-t-on du se dire une bonne fois pour toutes. On reste sagement installé dans la représentation du théâtre à l’italienne. Une seule fois, la sonnerie d’un portable s’étant déclenchée apparemment par mégarde dans l’assistance (on ne pense pas que le gag ait été… téléphoné), un comédien y a fait allusion, montrant son don d’improvisation et son esprit d’à propos. Lorsque, à un autre moment, un micro HF s’est trouvé HS, le danseur-acteur a fait mine de ne pas s’en apercevoir et a continué à performer comme si de rien n’était.

Et la danse ? Le minimum syndical, comme dans les comédies-ballets de Molière. L’inévitable séquence SM, avec tabassage en ordre façon Fireworks (film mythique de Kenneth Anger), heureusement, pour l’interprète, totalement stylisé, contrôlé, pantomimé. Un numéro époustouflant du danseur d’origine indienne ou, tout au moins, orientale qui s’avère être un virtuose de la corde à sauter, du même tonneau que la danse acrobatique qui se trouve dans le court métrage Smash Your Baggage (1933). Un numéro de langage des signes déjà vu quelque part — chez Philippina Bausch et chez Philippino Decouflé, bien entendu, si l’on peut dire, dans des contextes différents. Et, surtout, un ballet de la troupe au grand complet, les artistes dansant assis, sur un air d’autrefois, à la fois jazzy et country. De la « contredanse », au sens propre du terme.

Horaire : 20h30
Durée : 1h20
Tarifs : de 10 € à 20 €
Spectacle en anglais non surtitré

— Direction : Lloyd Newson
— Interprétation : Avec Ankur Bahl, Dan Canham, Seke Chimutengwende, Ermira Goro, Hannes Langolf, Coral Messam,
Paradigmz, Rafael Pardillo, Ira Mandela Siobhan
— Assistante :  Lisa French
— Chorégraphie : Lloyd Newson avec les danseurs
— Costumes : Uri Omi
— Lumière : Beky Stoddart
— Création son, compositeur : Adam Hooper
— Son additionnel : John Avery
— Voix enregistrées : Anshu Astogi, Leila Darwish
— Vidéo : Kit Monkman, Tom Wexler
— Directeur Technique : Jamie Maisey
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