ART | EXPO

Time vs Machine

04 Avr - 24 Avr 2013
Vernissage le 04 Avr 2013

« Time vs Machine » est une exposition expérimentale qui propose trois projets d’artistes dans trois lieux. Elle implique un déplacement du visiteur de La Box au musée du Berry puis au musée de l’Hôtel Lallemant, pour le confronter à la question de la temporalité, de la collection, de l’exposition, du contexte et des nouveaux enjeux de production.

Donatella Bernardi, Guillaume Constantin, Beat Lippert
Time vs Machine

Partant du postulat que les objets sont un indice du temps, qu’ils lui survivent pour devenir archive, « Time vs Machine » explore les possibilités de leur réactivation, de leur chargement en temporalités nouvelles, cherchant également la technicité qui permettrait d’en produire de nouveaux.

«Time vs Machine» questionne la production de la culture matérielle à travers les époques. Le temps est un terrain constructible, marqué par l’évolution des techniques visible à travers l’objet. La «machine» a la capacité de sortir de son statut «d’outil» pour devenir quasi autonome, telle une construction artificielle sauvage que nous devons apprendre à dompter. Les avancées techniques et technologiques ont transformé la création artistique au cours de l’histoire. La production d’objets industriels a influencé les artistes, Marcel Duchamp et ses ready-made, le mouvement Dada, le futurisme avec son manifeste L’art mécanique (1923) qui prônait le potentiel artistique de l’esprit de la machine. La machine et les objets sont chargés d’une dimension historique, ils ponctuent l’histoire. «Time vs Machine» part de ces marqueurs de temps afin de produire des œuvres qui explorent la question de la conservation, de la disparition, du recyclage, du rapport ambigu entre l’homme et la machine.

«Time vs Machine» est une exposition qui se veut à la fois collective et nomade, de par une déambulation dans l’espace et dans le temps, et en proposant trois projets personnels qui prennent en compte le contexte géographique et le contexte de production.

Donatella Bernardi «hacke» La Box avec son projet Hacker Grail. Inspirée par les vitraux de la cathédrale St-Etienne de Bourges, elle crée une relecture moderne de l’objet du graal. Elle imprime en argile, avec l’aide des hackers suédois de Sparvnästet et en collaboration avec Charlie Stern, 13 graals grâce à une imprimante 3D RepRap. «Au centre de ma foi ironique, mon blasphème, est l’image du cyborg», écrit Donna Haraway dans son essai Manifeste Cyborg. Le Hacker grail, est bel et bien une pièce complètement cyborg. Dès lors, comment considérer cet objet dans le champ de la production artistique? Cette impression 3D est réalisée à l’aide d’un seul fichier digital. Malgré une volonté de production sérielle identique, chaque objet imprimé peut subir des bugs informatiques et devenir ainsi unique. Nous atteignons ici le hic et nunc cher à Walter Benjamin, pour qui une reproduction parfaite pouvait empêcher l’objet d’atteindre le statut d’œuvre d’art. Pour autant, ces bugs informatiques, nommés ici «l’apparition du flying spaghetti monster», sont à l’image de l’erreur humaine. Le Hacker Grail fédère communauté, croyance, anonymat et mysticisme. Le projet a également pris la forme d’un livre d’artiste, un codex aux éditions genevoises Boabooks, présentant le processus de production des 13 graals et ses enjeux techniques, sociologiques et éthiques.

Quitter La Box et son white cube pour «déranger» pendant un mois les collections des musées, confère à l’œuvre sa capacité de transformer un espace, de réajuster le regard et engendre de nouveaux dispositifs de jugement.

L’Hôtel Lallemant (musée des Arts décoratifs) accueille le projet Petit Roque, Grand Roque de Guillaume Constantin. Il intervient directement sur le dispositif d’exposition. D’une part, il subtilise et change de place certains objets pour leur offrir la possibilité de circuler à nouveau, de changer d’espace, de permuter, d’accueillir des nouveaux réseaux de voisinage. D’autre part, il investit les espaces vacants avec ses propres œuvres. Réalisées spécifiquement pour «Time vs Machine», ces dernières lui permettent de réécrire et d’actualiser l’histoire de la collection afin d’en activer une nouvelle lecture. Le nouveau dispositif d’exposition est orienté par l’artiste dans lequel l’objet, perméable à la subjectivité, devient affaire de choix. La liste des objets remplacés est définie selon des critères formels, historiques, subjectifs qui s’appliquent également aux objets créés. Guillaume Constantin recycle, déforme l’origine des choses pour ne plus s’intéresser qu’aux traces matérielles de leur fantôme. Petit Roque, Grand Roque est un terme utilisé aux échecs qui définit deux déplacements spéciaux du roi. Tour de passe-passe, il a pour particularité d’accélérer le jeu. Dans ce musée des Arts décoratifs, Guillaume Constantin s’essaie aux échecs sur le mode de substitution et de déplacement dans les collections, dont le «mat» se situera au dernier étage.

Quant à Beat Lippert, il propose au musée du Berry une pièce inédite: un gisant. Cette sculpture funéraire de l’art chrétien représente habituellement des personnalités connues d’une localité donnée. Ici, nous faisons face à la représentation d’un sans-abri. A travers sa pratique, Beat Lippert décompose l’histoire de l’art, superpose les époques, joue avec ses codes et en fait émerger de nouveaux symboles. Il part du principe que l’objet est indissociable de son contexte. Ce dernier prend instantanément la mesure de ce qui l’entoure tout en proposant une nouvelle information. A qui l’espace du musée est-il dédié? Vivre et laisser mourir est une œuvre qui, par sa symbolique, questionne l’idée même de conservation. Beat Lippert propose de laisser disparaître le «vieux», pour faire émerger le présent dans toute son honnêteté, et explorer l’histoire en étudiant le «ici et maintenant». Picsou, personnage de fiction populaire créé par les Studios Disney et connu pour son avarice, vient se mêler à cette fable noire et pointe du doigt la manière que nous avons de préserver les objets afin de rassurer l’Homme de son évolution et son histoire, phénomène atavique pouvant parfois peser sur la création à venir.

Dialogue entre Fabienne Bideaud (curator) et Ann Guillaume (artiste), commissaires invitées.

Dans le cadre de la programmation On n’est pas sorti de l’objet.

Vernissage
Jeudi 4 avril 2013