DANSE | SPECTACLE

Tiger Tiger Burning Bright…

22 Mai - 22 Mai 2012

Qu’est-ce qu’induisent les mouvements d’accélération propres à la modernité? Franck Micheletti interroge ce processus d’un point de vue chorégraphique à travers ses incidences et ses limites, tels les états de fluidité ou de tension qui en émanent.

Franck Micheletti
Tiger Tiger Burning Bright…

Dans le monde d’aujourd’hui tout devient toujours plus rapide. L’expérience majeure de la modernité, selon le sociologue allemand Hartmut Rosa, est celle de l’accélération. Ces accélérations touchent toutes les sphères intimes et collectives, et ont tendance à volatiliser tout ce qui est solide en créant des «détemporalisations» ainsi que des «désynchronisations» qui déstabilisent le devenir de l’individu et son rapport au monde.
Ces phénomènes d’accélération sont aussi porteurs de contre tendances paradoxales, d’immobilisations, de pétrifications, d’hyperexcitabilités, de réactions rétrogrades et conservatrices, de refus, de résistances, de dépendances et de désintégrations sociales. Les villes bougent, elles sont les territoires favoris de ces mises en mouvements incessants dont le moteur est la domination du plus rapide.
Terrains propices à la vitesse, où le temps compte de plus en plus, les villes voient leurs espaces se compresser et la perception que nous en avons s’amenuiser. Face à cette compression du présent, à la réduction des ressources temporelles, au raccourcissement des laps de temps entre chaque action de nos vies, face à cette instabilité croissante des horizons temporels, nous avons parfois le sentiment de nous retrouver sur des pentes qui s’éboulent, de courir aussi vite que possible juste pour rester à la même place. Nous manquons d’air. Nous sommes aspirés, captifs, auto-asservis, en pilotage automatique, indifférents à nous-mêmes…
De cette accélération constante vécue dans les villes, il s’agira d’explorer les phénomènes liés à ce dynamisme: fluidité, nouvelle sociabilité, stimulations multiples et d’en tester les limites: tension, agitation, trouble, pression… De ces états du sensible se dessineront des trajectoires individuelles et collectives, un questionnement de la place de nos corps, de nos consciences, de nos désirs, dans le tissu social, dans le corps urbain.