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The Rite of the 360 Degree

PEva Robillard-Krivda
@12 Jan 2008

Le monde de Jim Shaw est un monde surréaliste de rêves où le corps devient instrument de musique et objet de rituel. Le spectateur est invité à rêver à ses propres rituels dans la galerie transformée en un univers onirique. L’art comme lieu d’expression de nos démons.

 D’énormes morceaux de corps en matière synthétique sont soigneusement disposés sur une estrade. Transformés en d’étranges instruments de musique — torse-guitare, oreille-harpe, jambe-trombone, bras-clarinette, intestins-saxophone, testicules et cerveau cornemuses, etc. —, ils attendent des musiciens. A leurs côtés, pendus à des cintres, les costumes verts à paillettes dorées d’un hypothétique orchestre. Dans une autre pièce, une vidéo diffuse en boucles des sons et des images de ce qui s’apparente à une cérémonie d’intronisation, ce que confirme le titre: Initiation Ritual Of The 360 Degree.

La scène se déroule suivant un rituel précis. Vêtus du costume à paillettes et jouant de l’un des instruments-corps, des musiciens entrent solennellement dans un lieu circulaire sombre. La pénombre est à peine trouée par quelques rayons de soleil qui filtrent par de petites ouvertures situées juste sous le toit. La dissonance des sons, les costumes et la lumière feutrée donnent à cette scène un caractère mystérieux et sectaire. Les musiciens s’arrêtent pour laisser entrer un homme aux yeux bandés par une corde à nœud coulant, introduit par deux personnages en costume et conduit devant le maître de cérémonie. Après quelques phrases prononcées dans une langue inconnue, l’homme prend un couteau et se met à poignarder le vide. La musique rythme ses gestes jusqu’à la cacophonie. Le maître entonne une chanson et l’homme fait glisser sa corde autour de ses mains. Il se place ensuite devant chacun des musiciens avec lesquels il échange quelques mots. C’est alors qu’une caisse en bois apparaît à l’entrée, qu’en sort un nouveau personnage en costume et chapeau à plume. Il se dirige vers l’homme, s’agenouille et lui coupe le pantalon au niveau des mollets. Après quoi les musiciens lancent une pluie de paillettes dorées.

Cette œuvre introduit au monde surréaliste de Jim Shaw, un monde de rêves où le corps devient instrument de musique et objet de rituel. Le spectateur est invité à rêver à ses propres rituels : tout est là, seuls manquent les musiciens. La galerie devient comme le vestibule d’un monde mental, d’un univers onirique qui est sans doute celui de nos pulsions inconscientes, de nos craintes, de nos incertitudes, de nos cadavres. Par ces figures terrifiantes, cauchemardesques, Jim Shaw fait émerger quelque chose de la nature profonde de l’individu. L’art comme lieu d’expression de nos démons.

Jim Shaw :
14 Uniforms, 2002. Vestes, chapeaux, chemises, chaussettes et cravates.
14 Musical Instrument Sculptures : Mouth Steel Drum, Brain BagPipe, Ear Harp, Nose Sax, Arm Clarinet, Hand Bass, Ribcage Chimes, Intestine Sax, Foreleg Melodia, Leg Trombone, Anal Violin, Torso Guitar, Testicle BagPipes, Penis Slide Whistle, Eye Drum, 2002. Fibres de verre avec : archet, anches, embouchures en métal et plastique, tubes en plastiques, cordes métalliques, maillets en bois. Dimensions variables.
Initiation Ritual Of The 360 Degree, 2002. DVD-R. 11 Mns.
Figures Descending Stair, 2002. Peinture à huile sur panneau. 47 x 78 cm.