ART | CRITIQUE

The Ring

PLéa Bismuth
@12 Jan 2008

Guillermo Kuitca, qui représentera l’Argentine à la Biennale de Venise 2007, propose à la galerie Templon une exposition intitulée The Ring, en référence au célèbre cycle wagnérien.

On découvre tout d’abord une série de vingt-quatre dessins de petite taille qui sont autant de plans de salles d’opéra: la scène et les places des spectateurs sont représentés vus de haut, comme pour mieux survoler cet univers mythique. Sur certains dessins, le mot «stage» apparaît, pour permettre de situer la scène, tant les dessins déstructurent l’architecture originale.

Ces dessins font danser la salle d’opéra. Ils incarnent la folie musicale. L’artiste s’inspire de salles mythiques comme la fabuleuse salle de la Scala de Milan. Il semble qu’il cherche avant tout à dégager les sensations que l’on peut éprouver en écoutant et en vivant un opéra, dans une salle hantée par les représentations, les voix et les génies…

L’artiste s’attarde sur une œuvre, peut-être la plus totalisante et la plus ambitieuse de toutes, celle de Wagner: Der Ring des Niebelungen (L’Anneau des Niebelung), également appelée la Tétralogie, composée, comme son nom l’indique, de quatre parties: L’Or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried et Le Crépuscule des Dieux.
Guillermo Kuitca travaille à partir de pochettes de disque qu’il reproduit sur des toiles de grand format. Les quatre opéras sont dirigés par des chefs différents et joués par des orchestres différents. A ce titre, Das Rheingold est dirigé par Wilhem Furtwängler, Die Walkure par Georg Sotti, Siegfried par Pierre Boulez et Götterdämmerung par James Levine. La Tétralogie traverse les époques, les interprétations, qu’elles soient d’ailleurs artistiques ou bien encore idéologiques.

Il semble que Guillermo Kuitca cherche à pousser le plus loin possible l’ambition de Wagner : il accentue la division en parties afin de montrer à quel point ce sont quatre moments organiques d’un même tout absolu. Tout comme il multiplie les salles d’opéra, il multiplie les interprétations, mais sans jamais être dissonant, toujours en harmonie avec l’organisme de la musique.
C’est dans cette perspective qu’il reprend l’image du labyrinthe sur les quatre pochettes de disque, de l’abstraction plus ou moins cubiste de la première à la finesse des angles sur fond blanc de la dernière.

En reprenant l’image du labyrinthe, Guillermo Kuitca se fait wagnérien: il rend au «Ring» ses possibilités infinies, tout en oubliant pas son côté anguleux et aride.

Guillermo Kuitca
Un prologue et trois parties, 2007. Technique mixte sur papier. 43 x 138 cm.
Teatro Colon et la Scala, 2007. Technique mixte sur papier. 43 x 62 cm.
Vingt-quatre plans de salle, 2004. Technique mixte sur papier. 16,5 x 10 cm.
The Ring, 2002. Technique mixte sur toile. 196 x 820 cm.