ART | CRITIQUE

The Promise

PElisa Fedeli
@22 Mar 2011

L'exposition «The Promise» rassemble six jeunes artistes, américains et européens, autour d'une démarche assez répandue: la réappropriation. Qu'il soit choisi pour ses qualités esthétiques, historiques ou simplement pour ce qu'il contient de personnel, l'objet provoque chez eux autant de fascination que de distance critique.

Pour cette exposition intitulée «La Promesse», la galerie Crèvecœur rassemble six jeunes artistes de nationalités différentes autour d’une idée simple: la réappropriation de l’objet.

La vidéo animée d’Agnieszka Polska présente ses «objets préférés» (My Favourite Things, 2010). Parmi ceux-ci, certains sont des reproductions miniatures d’œuvres d’art. Défilent les icônes de l’art conceptuel, notamment Roue de bicyclette de Marcel Duchamp, L-Beam de Robert Morris et une structure géométrique de Sol LeWitt. Dans le champ de l’écran, une main monte et descend pour venir saisir ces objets, au ralenti et un à un. Cette situation évoque les jeux forains où il faut manier une pince pour gagner des peluches. Elle dénote ainsi un regard critique sur la manière dont la société réifie toute chose, même les formes culte de l’art.

La révélation de l’exposition est certainement l’artiste américaine Shana Moulton. The Galactic Pot Healer (2010) est une vidéo narrative au scénario aussi loufoque que sombre. L’histoire rocambolesque a l’apparence légère de la fable et raconte la guérison d’un objet — un pot en terre cuite — que sa propriétaire a cassé par mégarde. La saturation des couleurs et les trucages laissés apparents ont une maladresse enfantine, digne des films de Georges Méliès. Mais, sous-jacent, le sujet de l’hypocondrie ronge et dérange.

Deux œuvres, entre sciences et art, revisitent les codes de l’illusion d’optique. Intéressé par l’espace de la représentation picturale, David Malek peint une grille jaune où se mêlent l’influence des règles de la perspective géométrique et celle des images de science-fiction.
Florian et Michaël Quistrebert exposent une reproduction de la «grille scintillante» inventée par E. Lingelbach en 1994. Blanche sur fond noir, cette grille créé une impression de mouvement, grâce aux points d’intersection qui apparaissent tantôt blancs, tantôt noirs. A l’instar de Vasarely, les deux artistes cherchent à perturber la perception du spectateur. Le format monumental qu’ils ont choisi renforce l’impact de leur proposition, en lui conférant une qualité englobante.

Enfin, deux œuvres soulignent la fascination que peuvent provoquer les objets. Dans les photographies de la série des Signatures (2011), Erin Shirreff opère la rencontre improbable entre deux sculptures: Die de Tony Smith et un Stabile de Joan Miro.
Dans la vidéo Cupstairspearls (2010), Susanne M. Winterling confronte deux objets issus du quotidien bourgeois, une tasse à thé en porcelaine et un gant féminin. Un jeu sur la couleur et sur le mouvement magnifie leur raffinement esthétique.

Comme le démontre cette exposition, la réappropriation des objets peut être motivée par de multiples raisons, esthétiques, historiques ou simplement personnelles, et l’histoire de l’art demeure un répertoire d’images de premier plan pour les artistes d’aujourd’hui.

— Erin Schireff, Signature, 2011. C-print, 60 x 80 cm
— David Malek, Yellow Perspective Grid, 2011. 50,1 x 76,2 cm
— Florian & Michaël Quistrebert, Lingelbach grid illusion (after the Hermann grid illusion), 2011. Wall paper
— Suzanne Winterling, Cup, Stairs, Perls,
2010. Video still, 16 mm
— Agnieszka Polska, My Favorite Things, 2010. Animated video, 5:35 min
— Shana Moulton, The Galactic Pot Healer, 2010. DVD, color, sound, 8:32 min