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The Player | Les Immobiles

28 Oct - 15 Nov 2014
Vernissage le 28 Oct 2014

L’artiste vidéaste Marie Voignier a établi une œuvre filmique pertinente et sensible. Les sujets de ses films révèlent son intérêt pour l’interaction entre le réel et la fiction, entre les faits et le récit, entre l’histoire et le mythe. Face à une caméra sans concession, les sujets n’ont d’autre choix que de se livrer eux-mêmes, simplement, frontalement.

Marie Voignier
The Player – Les Immobiles

Lorsque l’on regarde une vidéo de Marie Voignier, on a l’impression que l’artiste, chaque fois, de manière assez imparable, est parvenue à aménager un espace de neutralité dans lequel les lieux, les situations et les paroles se révèlent. Face à une caméra sans concession, les sujets n’ont d’autre choix que de se livrer eux-mêmes, simplement, frontalement. Au fil de la production de l’artiste émerge un processus insidieux: l’évacuation de l’Histoire ou d’éléments de crise sociale derrière l’avènement de modèles parfaitement artificiels et, comme c’est le cas pour Les Immobiles, régulièrement basés sur des systèmes de loisirs.

Pour exemple, en 2005, dans la vidéo Western DDR Marie Voignier filmait un ancien camp de pionniers de l’ex RDA transformé, le temps d’une unique saison en parc d’attraction à thème western. Ce travail révélait la violence d’un passage d’une société à une autre, d’un système planifié à l’époque de la RDA, à l’éloge de la satisfaction d’un plaisir immédiat engendré par le nouvel ordre économique.

En 2009, dans Hinterland, Marie Voignier nous exposait le cas d’une ancienne base aérienne allemande transformée en «Tropical islands» c’est à dire la reconstitution artificielle d’une jungle sous un dôme métallique géant. Au fil de la vidéo, le discours officiel des gérants (authenticité incroyable, le rêve à portée de tous) s’effondrait. Face au bonheur factice, émergeaient les propos de l’impératif économique. En parallèle, la population rappelait la terreur qu’inspirait ce site par le passé et celle, contemporaine, de la montée de la jeunesse néo-nazie.

Pour Les Immobiles (2013), le dispositif utilisé par Marie Voignier est minimal: caméra en plan fixe sur la main d’un auteur qui commente son livre au fil des pages. Ce dernier, entre amusement et nostalgie, raconte les parties de chasse en Afrique dont il était le guide dans les années 1970-1980. La légèreté de ses propos est en rupture totale avec la cruauté des images qui les illustrent. Fièrement, les riches européens désœuvrés posent aux côtés de leurs trophées gisant au sol. Au fil des pages, les cadavres s’accumulent mais ceux-ci ne semblent pas comptables, juste racontables, du moins si l’anecdote est bonne. Un récit en toute décontraction d’une Afrique post-coloniale qui n’en porte que le nom.

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