ART | EXPO

The Nothing is Our Story

20 Juin - 27 Juil 2013
Vernissage le 20 Juin 2013

Initialement conçues comme des paraphrases de l’iconographie de La Cène, les peintures de Bernhard Martin sont devenues des scènes de tables sorties du cadre qui, alignées les unes à côté des autres ressemblent à des séquences de film. Dédiés à Michel Houellebecq, les dessins présentés sont quant à eux le fruit d’une réflexion sur ses romans.

Bernhard Martin
The Nothing is Our Story

The Nothing is Our Story tel est le titre d’une série de peintures et dessins extraits du cycle Diktatur der Hormone, aboutissement de trois années de travail. Initialement conçus comme des paraphrases de l’iconographie de La Cène, ces travaux sont progressivement devenus des scènes de tables sorties du cadre et qui, alignés les uns à côté des autres ressemblent à des séquences de film. Dédiés à Michel Houellebecq, les dessins sont le fruit d’une réflexion sur les romans Plateforme et La Possibilité d’une Île.

Les tableaux montrent des groupes de convives dans la société de consommation. Ils représentent ce qui se passe sur et sous la table. L’artiste y dresse le portrait d’une société qui, selon ses paroles, «est malade des règles qu’elle a elle-même édictées et qui, ne trouvant pas de réponse satisfaisante aux questions de pouvoir, d’amour, de jalousie et d’attentes, choisit le cynisme et l’absence de retenue en guise d’issue.» Bernhard Martin ne juge pas, il ne pense pas aux hiérarchies. Ce qui l’intéresse: l’absurde, l’hallucinant, le bizarre, anormal, fuyant, confus, insensé, inutile. L’expression de cet absurdisme culmine dans d’un des tableaux qui montre une bataille à coups de nourriture (Il n’y a pas de hiérarchie au sein de l’absurde).

Dans ses œuvres, le peintre se demande en outre si la dernière pensée libre ne se cache pas dans l’absurde. Ses sources d’inspiration vont du célèbre triptyque Großstadt [Grande ville] (1927-1928) d’Otto Dix, aux films stridents et impitoyables de Quentin Tarantino.

Au cours des dernières années, Bernhard Martin était connu pour le radicalisme de ses échantillonnages et pour combiner différents styles de peinture qu’il assemblait en récits picturaux débordant d’imagination. Désormais, il pratique une nouvelle technique avec une grande virtuosité. Il applique sur le lin brut des teintes pastel en fines couches, qui plongent le tableau dans une étrange atmosphère. Au premier coup d’œil, les travaux de Bernhard Martin semblent merveilleux et ce n’est qu’en les regardant de plus près que le terreau subversif de son univers pictural crypté devient visible. La couche de peinture est presque arachnéenne, si bien que l’image semble se dérober au regard. Cette nouvelle technique picturale témoigne d’un profond besoin de changement chez Bernhard Martin. «Cela ne m’intéresse pas de faire la même chose pendant toute ma vie alors que tout change en permanence autour de moi. Il est d’actualité de développer un langage qui tient et qui tente d’associer et de combiner toutes choses entre elles» (Bernhard Martin).

Les dessins en grand format exposés à la galerie représentent des paysages à thèmes, des stations touristiques et des parcs de loisirs. Inspirées des sept péchés capitaux, les créatures qui y figurent peuvent s’amuser à cœur joie dans ces lieux pleins d’anamorphoses et y endosser d’autres rôles. Ici, on peut aimer, croire, manger, assassiner, torturer à sa guise et se débarrasser comme en rêve de toutes difficultés, responsabilités et contraintes sociales.

Bernhard Martin est un chroniqueur de la vie quotidienne. Le recours bien réfléchi, jamais spontané, à des objets parfois puérils est typique de son travail. Il qualifie lui-même son programme d’«idée d’un n’importe quoi sans être n’importe quoi». «Je peins comme les autres parlent», résume-t-il. «Ce qui m’intéresse, ce sont les univers, îles, chambres magiques, biotopes et contrastes qui se télescopent, donc la vie quotidienne». Bernhard Martin explique les intentions de son œuvre comme un fascinant sous-système qui crée des phénomènes réels.