PHOTO | CRITIQUE

The Journey

PCéline Piettre
@17 Fév 2010

Sur les cimaises, quelques photographies, portraits ou paysages, sans aucun rapport apparent, interrogent le lien entre le corps et l’action, de la performance à l’image fixe

Modeste, puisqu’elle réunit moins d’une dizaine d’œuvres, singulièrement hétéroclite, avec cette sélection d’artistes de style et de génération différents − de Hamish Fulton à Zevs, de Yann Toma à Teun Hocks — et comme justifiée par son seul médium: la photographie, l’exposition passe aisément pour un pur produit commercial, appât pour collectionneurs amateurs de pellicule.

Pourquoi hésiter après tout, en ces temps de crise, à sortir des placards les invendus des expositions précédentes, de préférence ceux dont le nom de l’artiste suffit à garantir l’honneur de l’acquisition ? Car à elles seules, les séries photographiques de Michel Journiac, Piège pour un travesti et Hommage à Freud, valent l’accrochage et le détour par la galerie − très beaux spécimens du Body Art version française, bientôt exclusivement aux mains des institutions muséales ! Vite, courez…

Mercantile donc (mais ne sommes-nous pas dans une galerie ?), la proposition ébauche tout de même une réflexion sur le rapport entre le corps, l’action et le medium photographique.

A priori anecdotique, son titre, « The Journey», est le premier liant de ce bric-à-brac. Voyage à travers l’Italie de l’artiste conceptuel Hamish Fulton, à la recherche d’une relation privilégiée avec la nature et dont les photographies, seules, gardent la trace ; pérégrinations oniriques de Teun Hocks à l’intérieur de son propre imaginaire ou exploration de l’identité et du jeu des apparences chez Michel Journiac, travesti en Rita Hayworth… La photographie, ici, est toujours le moyen ou la conséquence d’un déplacement, réel ou imaginaire, questionnement sur le social, l’art et l’être au monde.

Le corps, celui de l’artiste, est le fondement de l’œuvre et finit par se confondre avec elle. Pour Hamish Fulton, c’est la marche, et non la photographie, qui est le véritable acte artistique. Avec Michel Journiac, le cliché, comme prolongement naturel de la performance, se charge d’une autre présence, passage de l’action à l’immobilité permettant de répandre le propos de l’œuvre. Défigurées par un flash, rendues anonymes, les French Icons de Zevs sont victimes d’une intervention physique, d’un viol photographique.

Quant à Yann Toma, ses Good Vibrations envahissent sous la forme d’ondes radiantes les corps photographiés en pleine nuit, dans le désir de capter l’essence des choses et des situations, cette essence pleine de lumière. Ou l’art comme matière, énergie et flux.

Liste des œuvres
— Hamish Fulton, Roman Road, 2007. Photographie N&B et texte. 116 x 138 cm
— Zevs, Visual Rapes-Flashed, French Icons, 2007. Photographies encadrées, contre-collées sur aluminium, triptyque. Edition 1/5. 32 x 26 cm chaque
— Michel Journiac, Hommage à Freud (tiré à part), 1972. Edition 99 exemplaires. 34 x 24 cm. Impression sur papier, signé et numéroté
— Teun Hocks, Untitled, 2007. Photographie N&B rehaussée à l’huile. Edition 1/3. 126 x 178 cm
— Michel Journiac, Piège pour un travesti – Rita Hayworth – Constat n°4. 1972. 3 Photographies N&B sur Formica contre-collées sur bois aggloméré + un miroir avec lettrage collé. 120 x 75 cm (x4)
— Barthélémy Toguo, Afrika Oil. 2005-2008. Photographie couleur. Edition 1/3. 170 x 130 cm
— Yann Toma, Good vibrations, 2006-2008. Photographie couleur contre-collée sur aluminium, encadrée. 120 x 120 cm