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The Hole

PMagali Lesauvage
@12 Jan 2008

L’univers de l’artiste californien Jim Shaw est mouvant, cyclique, hanté par les cauchemars de l’Amérique. La galerie Praz-Delavallade présente dans ses deux espaces du XIIIe arrondissement un ensemble d’œuvres consacré à une religion créée par l’artiste, l’«O-ism».

Désormais scindée en deux espaces proches, l’un rue Louise Weiss, l’autre rue Duchefdelaville (ex-espace de la galerie In Situ délocalisée), la galerie Praz-Delavallade en profite pour déployer librement un ensemble récent d’œuvres de l’artiste de Los Angeles Jim Shaw. Peinture, vidéo, performance, installation y prennent place pour illustrer le concept d’une religion inventée de toutes pièces par l’artiste. L’«O-isme», inspiré de plus ou moins fantaisistes mouvements religieux nés aux États-Unis au XIXe siècle, se définit par «l’adoration d’une divinité féminine symbolisée par la lettre O, la réincarnation, la marche à rebours du temps et parfois la prohibition de toute représentation figurative».

Présenté en 2003 au Magasin de Grenoble, et en 2004 au Kunsthaus de Glarus, le travail de Jim Shaw autour de la religion de l’«O» contient dans son appellation même un rapport au temps cyclique, à l’éternel retour.
Matériellement, cela se traduit tout d’abord par des toiles, les Zombie Panels ou Zombie Paintings, où sur un fond indéfini, vague et nébuleux, se détachent des têtes trouées par endroits, peintes avec une cruelle précision. On se souvient ici des portraits monumentaux de Jim Shaw, dessinés au crayon, à la fois hyperréalistes et monstrueusement distordus (voir l’ouvrage Distorted Faces & Portraits. 1978–2007, publié cette année aux éditions Jrp-Ringier).

Les œuvres peintes viennent en complément du film The Hole (Le Trou, 2007), présenté comme un film d’horreur, où une adepte de la religion «o-iste» découvre par un trou dans le mur de son appartement un espace dans lequel circulent librement des figures fantomatiques, ces mêmes «zombies» peints sur toile.
On songe à l’univers complexe du cinéaste et peintre David Lynch, lui aussi fan des films cheap des années 60, et mêlant dans ses toiles comme dans ses films la banalité du quotidien à l’angoisse de la mort.

Une installation, activée lors d’une performance musicale dans le nouvel espace de la galerie, matérialise le rite lié à la religion «o-iste». The Vacuum Cleaners (Les Nettoyeurs de vide, 2007) est constitué de huit sculptures, assemblages d’anciens aspirateurs métamorphosés en instruments de musique. Le «concert» survit ainsi grâce à ces reliques. Tout dans le travail de Jim Shaw n’est que pure fiction ; l’artiste poursuit pourtant la production du corpus matériel de l’«O-ism», nécessaire à prouver la réalité de son existence.

Jim Shaw
The Hole Zombie Stills, 2007. Dix photo NB. Chacune 25.4 x 20.3 cm
Zombie panel #4, 2007. Huile sur toile. 56 x 83.8 cm
Zombie panel #3, 2007. Huile sur toile. 56 x 83.8 cm
Zombie panel #1, 2007. Huile sur toile. 83.8 x 56 cm
Zombie painting #4, 2007. Huile sur toile. 153.7 x 111.8 cm
Zombie painting #3, 2007. Huile sur toile. 152.4 x 122 cm
Zombie painting #2, 2007. Huile sur toile. 193 x 116.8 cm
Zombie painting #1, 2007. Huile sur toile. 193 x 116.8 cm
The Hole, 2007. DVD projection, 11’55 (looped) + Wall With a Hole, mixed media, 150 x 122 x 28 cm
Into the Vacuum: Drones, 2007. Mixed media instruments from Into the Vacuum, performance & DVD projection (loop)