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The essential of painting (1987-2012)

Faiseur d’images prolixe, toujours en quête de renouvellement et d’expérimentations, Speedy Graphito a plusieurs cordes à son arc: dessin, peinture, sculpture, installations… Actif dès le début des années 80, il est aujourd’hui considéré comme l’un des pionniers du Street Art français. Un art de rue qui s’empare des murs de la ville comme d’une toile grandeur extra-large et qui puise ses références dans le rock, la bande dessinée, le graphisme et la culture populaire.

Mais s’il est surtout médiatisé pour sa pratique de l’art urbain — avec de grandes fresques très colorées qui font directement référence à l’imagerie des dessins animés et des jeux vidéos —, l’exposition présentée ici montre un versant moins connu de sa création. Des toiles qui se détachent de l’imagerie classique du street art qui a souvent tendance à vouloir en mettre plein la vue, jouant sur les contrastes de couleurs vives et le foisonnement des formes mais restant néanmoins dans une lisibilité graphique et un répertoire d’images fortement ancrées dans un langage codé.

Dès l’entrée de l’exposition, la toile Chef d’œuvre à Lapinture nous fait directement entrer dans le répertoire formel de Speedy Graphito, avec son traitement si particulier des formes anguleuses en volume qui se manifeste déjà en 1987.
L’attitude affichée donne le ton: Speedy Graphito est un peintre qui se situe dans l’histoire de l’art avec son chef-d’œuvre déclaré. Mais il revendique dans le même temps une distance ludique et ironique en transformant ce noble art de la peinture en petit personnage à tête de lapin nommé «Lapinture». C’est sur ce mode moqueur et joyeux que l’artiste aborde sa création, avec une prédilection pour les jeux de mots et les parodies.

Manipulateur de notre inconscient collectif, il réalise une série de compositions de petits tableaux assez jubilatoires à partir de toile de Jouy. Découpant les motifs et comblant les trous entre deux avec des dessins de sa composition, il détourne une image classique et bourgeoise pour la transformer en scène étrange aux personnages déformés et fantasmagoriques. Un passage de l’autre côté du miroir qui rappelle l’univers d’Alice aux pays des merveilles.

Ses sculptures contiennent aussi une bonne dose d’humour, avec son lapin gonflable nommé «A bout de souffle» ou celui en chocolat dans lequel une bouche affamée a croqué. La figure aux grandes oreilles est aussi un double de l’artiste, lorsqu’il est affublé d’un masque de protection pour les graffiteurs ou tient à la main un pinceau.

Le langage pictural de Speedy Graphito est graphique et accorde une place essentielle à la simulation du volume. Aussi bien dans ses sculptures, qu’il travaille souvent par blocs s’emboitant les uns dans les autres, que dans ses toiles, où les motifs sont travaillés en 3D comme les lettres des fresques du street art.

Sa pratique est un va-et-vient permanent entre reconnaissance et perte de repères, jeux sur les mots, le sens, l’inconscient collectif et la simulation d’un réel imaginaire.