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The Dialogues Series : III. Dinozord

Comme lors de sa présentation l’an passé au festival d’Avignon, The Dialogues Series : III. Dinozord n’a pas complètement séduit son public, apparemment déconcerté par l’aspect hétéroclite de ce spectacle. Mélangeant sans complexe différents supports tels la danse, le chant lyrique et traditionnel, le texte, la poésie, le documentaire, ou encore la vidéo, Dinozord revêt effectivement la forme d’un assemblage déroutant.  Ainsi, de ces bribes de formes identifiables jaillit, non pas un hybride esthétique où se cumuleraient les effets de chaque discipline, mais un récit qui exhibe l’incapacité de chacun de ces moyens à traduire, et par là même transmettre, une histoire.

La déception des attentes du public débute avant même le spectacle, qui commence en retard, après les protestations d’une foule à qui l’on demande de s’aligner comme il faut, en deux lignes bien propres. Exaspération des uns, soupirs des autres, beaucoup s’agrippent à cette idée bien confortable d’un certain ‘respect du spectateur’. D’ailleurs, dans le froid de cette soirée d’été et tout le long du spectacle, les gradins du Palais royal se vident en partie tandis que les interprètes à demi nus effectuent leur travail de commémoration, une sorte de petit rituel funéraire auquel nous tentons de participer.

Car il s’agit tout d’abord de rendre hommage à Kabako, mort de la peste et enterré dans une fosse commune. Cet ami de jeunesse du chorégraphe, qui partageait sa passion pour le théâtre, a succombé à une maladie d’un autre siècle, contractée à la frontière de l’Ouganda. Et puis il y a aussi l’autre ami, Vumi. Lui qui rêvait de révolutionner le théâtre africain mais qui témoigne de sa cellule, condamné à mort pour haute trahison, après avoir participé à des changements davantage politiques… Deux parcours arrêtés trop tôt qui rendent compte de la difficulté à vivre au Congo, entre instabilité politique et urgence sanitaire.

Ces personnages dont l’absence envahit l’espace scénique ne laissent que peu de place aux interprètes. Gagnés par des spasmes, des mouvements de transe, les trois danseurs esquissent des cellules chorégraphiques qui supportent plus qu’elles n’illustrent le récit conduit par Faustin Linyekula. L’acteur et le chanteur tentent également de se faire entendre mais sans y parvenir vraiment, empêchés par une mise en scène qui encourage le chaos. La multiplication des moyens mis en œuvre pour raconter l’histoire particulière de Kabako, Vumi et Faustin, mais aussi celle plus vaste du Congo/Zaïre, traduit l’impuissance du verbe autant que des corps à prendre en charge le texte qui pourrait permettre un travail mnésique.

Ces tentatives d’écriture par le corps mais aussi sur les corps -— à l’aide du maquillage ou de l’éclairage  — s’ajoutent aux fragments de textes et de chants répétés comme une litanie qui renverrait à une religion nouvelle, celle du spectacle. Créature issue d’une ‘pré-histoire’, la beauté de ce Dinozord tient dans l’hommage qu’il rend à la représentation scénique alors même qu’il en démontre la cruelle impuissance.

 

— Interprétation : Serge Kakudji (contre-ténor), Dinozord, Papy Ebotami, Djodjo Kazadi, Faustin Linyekula (danseurs) Papy Maurice  Mbwiti (comédien)
— Textes : Richard Kabako, Antoine Vumilia Muhindo
— Vidéos et photos : Sammy Baloji, Antoine Vumilia Muhindo, Faustin Linyekula
— En vidéo : Papa Rovinsky, griot multidimensionnel
— Musique : W.A. Mozart — Chorale Charles Lwanga de Kisangani, Joachim Montessuis, Arvo Pärt, Jimi Hendrix