PHOTO

Terry Richardson

PPierre-Évariste Douaire
@12 Jan 2008

Précurseur du porno chic, Terry Richardson navigue dans les eaux désormais balisées de la photographie de mode trash. Entre mode et art, transgressant les frontières esthétiques, il se joue des conventions sexuelles, sans toujours éviter le convenu. C’est aussi l’authenticité d’un journal intime que l’on découvre, entre privé et public.

Terry Richardson navigue dans les eaux troubles mais balisées de la photographie de mode trash. Avec des sujets et un traitement explosif, il dynamite le reportage et le genre de la narration photographique. Entre mode et art, transgressant les frontières esthétiques, il se joue des conventions sexuelles, se moque des tabous, et présente des oeuvres qui peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes, comme il est régulièrement affiché à l’entrée des galeries quand on y présente des sexes rasés et épilés.

Mais les photos tombent souvent dans le convenu. Loin de l’étonnement que peut susciter la découverte de tels clichés, on est souvent lassé et blasé par la crudité des poses. Précurseur du porno chic, avalisé et symbolisé par la « hot couture », cette photographie subjective et personnelle, quelque peu déglinguée, n’est pas nouvelle et pourrait s’enfermer en générant ses propres codes et se retrouver à tourner à vide.

L’affichage retenu pourrait être aussi taxé d’effet de mode, une présentation agglutinée de photos tapissent plusieurs pans de murs, mais tout correspond à l’origine du projet et contribue à l’ambiance de l’exposition. Partant d’un souvenir, celui d’une jeune fille qu’il a aimée puis quittée, les séries accrochées rebondissent sur cette mémoire encore chaude. Les draps sont encore tièdes, la peau est encore parfumée par la présence de l’autre.

Entre album de famille et journal intime, Terry Richardson nous fait entrer dans son monde, devenu depuis peut-être stéréotypé mais qui a le mérite énorme de nous apporter de l’authenticité malgré tous les artifices déployés. Le paradoxe et l’intérêt de cette cession réside dans cet affrontement entre la sphère privée et la sphère publique. Comment raconter une histoire quand on l’écrit au jour le jour? Comment écrire véritablement un récit ? Où commence et se termine la fiction?

Dépasser l’aspect « fashion » de l’expo (on pense à Nan Goldin et Araki), qui n’est pas déplaisant par ailleurs, permet de se poser ces questions relatives à l’intime et à sa transcription. Mode d’écriture et vie secrète s’opposent ou se complètent. Grâce à cette médiation, le spectateur peut contourner l’agression et dépasser la provocation, qui n’est qu’une partie du travail, pour se concentrer sur une petite voix intérieure douce.

Terry Richardson
Sans titre, 1998-2001. 10 photographies couleur. Chacune 36 x 28 cm.
Sans titre, 1998-2001. 100 photographies couleur. Dimensions variables.
Sans titre, 1998-2001. Photographies couleur. Dimensions variables.