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Terrain vague

PMoïra Dalant
@02 Avr 2010

Les sculptures de Pierre Malphettes jouent sur les rapports de force, elles empruntent des éléments venus de milieux antagonistes mais qui interagissent entre eux. Le naturel répond à l'artefact, l'artisanal à l'industriel, le paysage dans son entier à l'élément unique, magnifié car mis en lumière.

L’exposition Terrain Vague se vit comme une promenade parmi des sculptures défiant les lois de la gravité terrestre, des Å“uvres néons captant l’éphémère, d’une fumée par exemple (La Fumée blanche), de la chute d’une pomme (Une pomme), ou utilisant le code pour message (avec le poème en morse de l’installation Où nulle feuille ne tombe #3).

Terrain Vague n’est pas une promenade unique mais une déambulation à la croisée de plusieurs univers. La première salle contient les éléments évocateurs du terrain vague: pierres, poutrelle de métal, verre, fumée blanche. Un lieu urbain déserté que l’artiste reconstruit à sa manière, un brin rêvé et poétisé. Les éléments cités sont pris à contrepieds de leur usage habituel: les pierre moulées en aluminium sont présentées verticalement, collées au mur de la galerie; le caractère éphémère et volatile propre à la fumée est biaisé et pérennisé par l’utilisation de l’objet néon; la poutre est soutenue par le verre, usage en contradiction avec celui qu’en fait la tradition architecturale.

A première vue, le travail de Pierre Malphettes semble complexe car relativement épuré, aux allures conceptuelles. Pourtant les choses sont représentées dans leur évidence même, à l’échelle 1 et dénommées de manière presque tautologique. Elles captent l’impensable ou l’impossible pour certaines.

C’est la gravité que La Météorite défie dans la seconde salle de la galerie, comme si la roche de Sisyphe s’élevait enfin pour le soulager de leur fardeau commun, à lui comme à elle. La pierre ne roule plus, elle s’élève. L’Å“uvre est le moulage d’un rocher en aluminium non ébarbé, à l’état brut, suspendu dans l’air à l’aide de sangles de chantier. Les tonnes n’en paraissent plus rien, comme si la pesanteur de la matière s’était éclipsée pour laisser place à la grâce poétique d’une suspension, voire d’une lévitation.

A l’instar de cette météorite, Sans titre (la poutrelle) inverse les rapports de force habituels en plaçant la poutrelle comme élément de décoration, soutenue par la fragilité apparente du verre. Le schéma architectural est inversé et bouleverse la fonction même de la poutre de métal, conçue comme un élément porteur, et généralement caché. La lourdeur du métal disparaît dans cette installation/sculpture, l’objet devient un élément de mobilier design, décoratif, presque précieux.
De même le travail de ciselure de Sans titre (la poutre) transformant l’objet en une délicate broderie de métal qui, affaiblie, se courbe légèrement sous son propre poids.

L’entrée dans la troisième salle est une plongée dans le minéral, minimaliste en quelque sorte. La vision qu’offre Pierre Malphettes du paysage est épurée, proche de l’esthétisme du jardin japonais, dans lequel un élément résume un paysage dans son entier et invite au voyage intérieur.
Quelques éléments offrent un tout. Deux flaques (Crozon), deux plaques d’inox dans lesquelles viennent s’encastrer, et se refléter, des pierres prélevées dans la campagne bretonne de Crozon, est la symbiose de l’eau et de la roche, les deux constituants du paysage. Le paradoxe se situe dans la confrontation de matériaux issus de la nature et de l’industrie.
Il trouve sa forme la plus aboutie avec L’Arbre et le Lierre, où une inversion inhabituelle s’effectue du naturel à l’industriel, puis du produit artefact à la mimesis de la Nature. L’arbre est une re-construction à la manière d’une Å“uvre de menuisier, à partir de planches de bois industrielles, le lierre, quant à lui, est devenu néon trouvant sa sève dans les transformateurs et câbles électriques.

Si elle questionne des rapports de force et de techniques, l’exposition Terrain Vague les illustrent avec poésie ou humour, comme la sculpture-néon Une pomme qui simule la chute du fruit tout en l’énonçant («une pomme» écrit le néon). Deux rebonds terminent cette chute libre, disant toute la force qui précipite un objet sur le sol. La simplicité du tout évoque les onomatopées et autres pittoresques des cartoons.

Liste des oeuvres (non exhaustive) :
— Pierre Malphettes, La Fumée blanche, 2010. Néon blanc. 350 x 85 x 85 cm.
— Pierre Malphettes, La Météorite, 2010. Fonte d’aluminium, sangles. 100 x 165 x 120 cm.
— Pierre Malphettes, L’Arbre et Le lierre, 2010. Bois, néon, transformateurs et câble électrique. 280 x 310 x 300 cm.
— Pierre Malphettes, Deux flaques (Crozon), 2009. Pierre, inox. 19 x 82 x55 cm/16 x 116 x 81 cm.
— Pierre Malphettes, Une pomme, 2010. Néon. 230 x 25 x 12 cm.
— Pierre Malphettes, Firefly #14, 2007. Instalation.
— Pierre Malphettes, Sans Titre (la poutre), 2009. Poutre en acier, béton. 66 x 610 x 80 cm

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