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Sur la Constitution à donner à la France

24 Avr - 29 Mai 2004

Une exposition à trois temps. Première salle: des photos documentent un tournage. Deuxième salle: une voix dit un discours de Robespierre. Troisième pièce: une projection représente un homme, l’acteur italien Lou Castel, cherchant à donner corps à cette voix perdue dans l’espace. Sortir de l’exposition revient à vivre ces étapes en sens inverse et reconstituer le récit.

Communiqué de presse
Olivier Bardin
Sur la Constitution à donner à la France

Depuis une scène, une voix se fait entendre, elle est portée par la présence d’un acteur.
«Il faut faire précisément tout le contraire de ce qui a existé avant vous.» Robespierre

Dans la première salle au bout du couloir, quatre affiches identiques représentent une équipe de tournage au travail dans une petite pièce. L’équipe semble impressionnée par la scène qu’ils filment. Au centre de ce groupe de travail, une caméra fait face au spectateur.

Au loin une voix douce se fait entendre, elle vient du centre de l’exposition. En se rapprochant de la deuxième salle, ce qui est dit devient plus clair. Il s’agit du discours de Robespierre, «Sur la constitution à donner à la France», prononcé le 10 mai 1793 devant la Convention, il est lu par Sylvie Caspar, la voix d’Arte, une voix connue pour la scansion d’annonces télévisées et qui pour l’occasion se met au service des origines de la République. Certains passages du texte sont répétés. Les termes de Robespierre sont prononcés avec insistance. Les formules de Robespierre désignent les notions fondatrices de la démocratie. Formules radicales et souvent oubliées. La voix sans visage de Sylvie est limpide et mélodieuse. Mais cette voix, c’est aussi celle de la télé, celle que l’on écoute chaque jour, à laquelle on ne fait plus attention et à quoi les mots de Robespierre se confrontent. C’est une voix à la surface de laquelle on peut rester confortablement installé, mais elle accompagne aussi l’auditeur dans le contenu du discours.

La voix se propage dans l’exposition, recouvre le plateau de tournage montré dans la première salle. La voix est aussi diffusée dans la troisième partie de l’exposition. Une salle obscure. Un écran situé au fond de la salle et détaché du mur reçoit la projection d’un film. Le film montre Lou Castel, plongé dans la presque obscurité, tentant de construire, par sa présence, le rôle que la voix prononce. En temps réel et sur la répétition des formules de Robespierre, un personnage commence à apparaître. Lou Castel invente le corps que porte la voix de Sylvie Caspar et la parole de Robespierre. Lou Castel en tant que figure de la gauche italienne des années 70 et d’une des dernières grandes utopies, revient ici, porter une parole républicaine. Il joue ici un rôle comparable à celui qu’il jouait dans les films des années 60-70, tentant de concilier son activité d’acteur de cinéma et d’acteur politique.

Pour sortir de l’exposition, il faut traverser les salles à l’envers, la présence, la voix, la scène. Il faut rassembler les morceaux éparpillés de la parole, reconstituer ce qui a tenté d’être émis.
La première salle, la scène, permet de s’y attarder, se rappeler la figure de Lou Castel, entendre au loin le discours de Robespierre. Reconstituer l’exposition.

Ici, l’émission de la parole est fragmentée. La parole se fait entendre progressivement. D’où l’entend t-on? Qui la prononce? Qui l’incarne? Par sa déambulation dans l’exposition, le spectateur assiste à la naissance d’une parole qui désigne l’origine des rapports entre les individus dans la sphère publique. Le spectateur assiste à la naissance d’une parole qui lui appartient. Ça n’est pas la parole des minorités mais de la majorité. La majorité dont nous faisons tous partis et qui se tait parfois.

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