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Sunset. I love the horizon

Premier temps : au bout de «la Rue» du Magasin est installée Sunset de Andro Wekua, un immense coucher de soleil sur l’horizon composé de 170 carreaux de céramique. Reprise d’un dessin antérieur, cette œuvre décline et détourne le cliché romantique par excellence. Sa mièvrerie est évacuée, le brillant de la céramique est atténué par les murs peints d’un marron mat. L’installation joue sur l’ambivalence du stéréotype qui nous attire — qui se détourne d’un coucher de soleil? — et que l’on repousse à cause de sa répétition.

De la même manière qu’on n’atteint jamais l’horizon, on ne peut s’approcher de l’installation sans en faire disparaître le motif. L’horizon est fuyant, toujours ailleurs, ouvert sur l’infini. C’est cette expérience que propose l’exposition collective qui accompagne Sunset de Andro Wekua.

Deuxième temps : les galeries accueillent un assemblage sans hiérarchie d’œuvres d’une vingtaine d’artistes sur le mode du collage cher à Andro Wekua.
Dans le couloir, la vidéo 50/50 d’Olivier Laric est une ouverture décalée et légère, une fausse piste. L’artiste a récupéré sur Youtube des films de fans du rappeur «50 cents» qui chantent sa chanson In Da Club et les a montés pour en faire un clip de deux minutes. On y voit défiler des visages anonymes et ainsi la présence de cette vidéo dans l’exposition: «L’horizon, c’est toujours les autres», explique Daniel Bauman.

L’horizon comme espace d’émancipation: c’est ce que propose la vidéo de la performance d’Ewa Partum. L’artiste jeter à la mer des lettres en papier découpées dans Ulysse. Elle se débarrasse de cette grande oeuvre masculine par excellence pour pouvoir inventer sa propre langue. Les mots «New horizon is a wave» sur une feuille de papier font face à la vidéo.

L’horizon comme espace utopique: l’idéal artistique de l’abstraction réunit Aluminium Bitch de Steven Parrino, le tableau fait de copeaux de crayons Untitled de Piotr Uklanski, Weathering Heights de Ketuta Alexi-Meskhishvili, le collage Untitled de Emil Michael Klein et la peinture Untitled de Nick Mauss. L’ambition est celle d’un art intègre de grande force de conviction.

L’horizon comme espace poétique: une salle, où sont affichés quatre poèmes de taille gigantesque, prend cette expression au pied de la lettre… This Page is a Cloud de Dereck Walcott évoque la possibilité du livre comme ouverture d’un espace le temps de la lecture. Le poème d’Anna Moschovakis se termine sur ces mots : «I want to be a word. I would be abstract with an inscrutable ending«. Un écho à l’horizon sans fin.

La vidéo Sans titre de Trisha Donnelly complète l’ensemble. Une ligne verticale coupe l’écran et sert d’axe de symétrie à une mer sans horizon aux tons jaunes et roses. Allusion à Narcisse et au sort tragique de celui qui ne voyait l’horizon qu’en lui-même.

L’horizon comme fin : réflexion sur le temps, la série de photographies de Rhiannon King Kong de Xavier Maria y Campos enregistre le passage du temps sur le visage de sa femme. Martin Kippenberger, quant à lui, déjoue la finitude de la vie avec J.P. (Jacqueline), une série de dessin qui termine l’œuvre inachevée de Picasso.

En contrepoint, la dernière salle propose deux vidéos très proches : Las Hurdes de Luis Bunuel et Salt for Salvetia de Mikhail Kalatozishvili. Tous deux filment un village pauvre de montagne, où l’horizon se fait rare.

En sortant de la dernière salle, on découvre l’envers de l’horizon d’Andro Wekua. Comme un décor de théâtre, Sunset est supporté par des entretoises de métal. Une découverte des coulisses qui termine d’évacuer l’idée réductrice du romantisme de l’horizon. Bien loin de se limiter à cet écueil, l’exposition réussit son entreprise d’ouverture d’horizons artistiques, sans didactisme et avec légèreté.

Artistes
Andro Wekua
Olivier Laric
Ewa Partum
Steven Parrino
Piotr Uklanski
Ketuta Alexi-Meskhishvili
Rita Ackermann
Dereck Walcott
Anna Moschovakis
Anne Sexton
Marina Tsetaeva
Trisha Donnelly
Jannis Jashke
Martin Kippenberger
Emil Michael Klein
Xavier Maria y Campos
Nick Mauss
Serguei Paradjanov
Richard Prince
Yves Saint-Laurent
Luis Bunuel
Mikhail Kalatozishvili

Andro Wekua
Sunset, 2008. Sérigraphie sur céramique.

Olivier Laric
50/50, 2007. Vidéo couleur. 2 min.

Ewa Partum
Poems, 1971-1973. Film 8 mm transféré sur DVD. 5 min 46 sec.
New Horizon Is A Wave, 1972. Estampes sur papier. 12 x 16 cm

Seth Price
Untitled, 2005. Vaccum forment high impact polystyrene. 121,5 x 80 x 17 cm

Steven Parrino
Aluminium Bitch, 1990. Acrylique sur toile. 150 x 510 cm

Piotr Uklanski

Untitled
, 2006. Copeaux de crayons, film adhésif sur plexiglas, bois. 150 x 150 x 5 cm

Ketuta Alexi-Meskhishvili
Weathering Heights, 2008. Photographie. 46,8 x 37,5 x 4 cm

Rita Ackermann

Nun With Vaccum Cleaner I, 2005. Photographie couleur sur feuille d’or. 42 x 32 x 3,5 cm
Nun with vaccum cleaner II, 2005. Photographie couleur sur feuille d’or. 42 x 32 x 3,5 cm
Nun with vaccum cleaner III, 2005. Photographie couleur sur feuille d’or. 42 x 32 x 3,5 cm

Trisha Donnelly
Sans titre, 2008. Vidéo en boucle. 5 min

Jannis Jashke

Sunset I, 2005. Collage. 24 x 32 cm

Martin Kippenberger

J.P. (Jacqueline)
, 1996. Ensemble de 10 dessins, crayon sur papier. Dimensions variables.

Emil Michael Klein

Untitled, 2007. Marker, acrylique, collage sur papier fait main. 45 x 32 cm

Xavier Maria y Campos
Rhiannon King Kong, 2006. 21 photographies couleur et noir & blanc. Dimensions variables.

Nick Mauss
Untitled, 2008. Feuille d’or, peinture sur panneau de bois. 40,4 x 35 x 1 ,20 cm

Serguei Paradjanov
Sans titre (femme avec cheval)
. Dessin sur papier. 46,8 x 37,5 cm x 4 cm

Richard Prince

Untitled (Party), 1993. Photographie ektachrome. 42,5 x 52,7 cm

Yves Saint-Laurent
(Pour Serguei Paradjanov), 1986. Dessin sur papier. 48 x 38 x 3 cm

Luis Bunuel

Las Hurdes, 1932. Film noir & blanc. 27 min

Mikhail Kalatozishvili

Salt for Salvetia, 1930. Film noir & blanc, muet. 53 min

Textes de Dereck Walcott, Anna Moschovakis, Anne Sexton, Marina Tsetaeva