DANSE | CRITIQUE

Suivront mille ans de calme (CONTRE)

PSarah Ihler-Meyer
@14 Oct 2010

Le nouveau spectacle d'Angelin Preljocaj orchestre des mouvements néoclassiques inexpressifs, tout juste décoratifs ou figuratifs. Le meilleur se trouve dans un ou deux «tableaux», c’est-à-dire en dehors du domaine de la danse.

CONTRE

Interprétation de L’Apocalypse selon Saint-Jean, la nouvelle création d’Angelin Preljocaj voudrait s’éloigner de toute lecture figurative du texte biblique. Pourtant, à défaut d’être expressive, sa chorégraphique sombre dans le décoratif ou la plate symbolique.

Aux premiers instants, la musique sèche et brutale de Laurent Garnier, conjuguée à la scénographie minimaliste de Subodh Gupta et à la géométrie de lumières composée par Cécile Giovansili, impose avec majesté une violence froide et rationnelle. Une fraction de seconde plus tard, lorsque les danseurs entrent en scène, Suivront mille ans de calme dégringole dans un néant chorégraphique. Sauts de biche, fouettés, arabesques et entrechats, le tout saupoudré de gestes pseudo modernes tels que des claques sur les genoux et des tortillements de tête, s’enchaînent sur un rythme plus ou moins hystérisé durant une heure quarante.

Les mouvements corporels prétendent à l’expression mais ne font que décliner le vocabulaire de la danse classique ainsi que sa logique, à savoir la prouesse technique et la grâce, sinon la joliesse. Pire, quand ils ne sont pas de simples motifs décoratifs, ils illustrent de manière symbolique les épisodes de L’Apocalypse. Ainsi les danseurs tombent et rampent au sol pour signifier les déluges qui s’abattent sur la terre, d’autres singent des monstres pour symboliser les fléaux destructeurs des adorateurs de Satan, des femmes habillées en SM se dandinent contre des parois argentées pour représenter Babylone, la ville corrompue promise à la chute, ou encore des hommes lavent puis jettent au sol des drapeaux de différentes nations en référence à la future Jérusalem.

Paradoxalement, c’est lorsqu’il réduit la danse à son degré zéro qu’Angelin Preljocaj produit ce qu’il fait de mieux : des «tableaux». Dans ces moments là, la scénographie, les lumières et les «poses» des danseurs offrent un spectacle pictural assez somptueux mais totalement a-chorégraphique.

En somme, Angelin Preljocaj met en oeuvre un langage dénué de ce qui devrait être sa substance propre, à savoir l’utilisation du corps ― ses mouvements, ses nerfs, ses muscles et les tensions qui le traversent ― comme matière expressive.

― Chorégraphie : Angelin Preljocaj
― Musique : Laurent Garnier, excepté Les Anges par Benjamin Rippert et Sonate au Clair de lune par Beethoven
― Scénographie : Subodh Gupta
― Costumes : Igor Chapurin
― Lumières : Cécile Giovansili
― Assistants répétiteurs : Claudia De Smet (Ballet Preljocaj), Jan Godovsky (Théâtre du Bolchoï)
― Choréologue : Dany Lévêque
― Danseurs du Théâtre du Bolchoï : Arsen Karakozov, Anastasia Meskova, Nuria Nagimova, Anton Savichev, Egor Sharkov, Alexander Smolyaninov, Xenia Sorokina, Anna Tatarova,
Alexey Torgunakov, Anastasia Vinokur
― Danseurs du Ballet Preljocaj : Sergi Amoros Aparicio, Sergio Diaz, Céline Galli, Natacha Grimaud, Jean-Charles Jousni, Émilie Lalande, Céline Marié, Lorena O’Neill, Fran Sanchez,
Nagisa Shirai, Nicolas Zemmour