ART | EXPO

Suite d’éclats

28 Juin - 01 Sep 2013
Vernissage le 28 Juin 2013

Felice Varini «rejoue» les œuvres qui ont compté dans son parcours, et agence la HAB Galerie en autant d'espaces que d'œuvres. «Suite d’Eclats» prend la forme d'un parcours labyrinthique dans l’œuvre de l'artiste et en permet une appréhension physique et mentale des points de rencontre entre espace, forme et couleur.

Felice Varini
Suite d’éclats

«L’espace architectural, et tout ce qui le constitue, est mon terrain d’action. Ces espaces sont et demeurent les supports premiers de ma peinture. J’interviens in situ dans un lieu à chaque fois différent et mon travail évolue en relation avec les espaces que je suis amené à rencontrer.

En général je parcours le lieu en relevant son architecture, ses matériaux, son histoire et sa fonction. A partir de ses différentes données spatiales et en référence à la dernière pièce que j’ai réalisée, je définis un point de vue autour duquel mon intervention prend forme. J’appelle point de vue un point de l’espace que je choisis avec précision: il est généralement situé à hauteur de mes yeux et localisé de préférence sur un passage obligé, par exemple une ouverture entre une pièce et une autre, un palier, etc.

Je n’en fais cependant pas une règle car tous les espaces n’ont pas systématiquement un parcours évident. Le choix est souvent arbitraire. Le point de vue va fonctionner comme un point de lecture, c’est-à-dire comme un point de départ possible à l’approche de la peinture et de l’espace. La forme peinte est cohérente quand le spectateur se trouve à cet endroit. Lorsque celui-ci sort du point de vue, le travail rencontre l’espace qui engendre une infinité de points de vue sur la forme. Ce n’est donc pas à travers ce premier point que je vois le travail effectué; celui-ci se tient dans l’ensemble des points de vue que le spectateur peut avoir sur lui.

Si j’établis un rapport particulier avec des caractéristiques architecturales qui influent sur la forme de l’installation, mon travail garde toutefois son indépendance quelles que soient les architectures que je rencontre. Je pars d’une situation réelle pour construire ma peinture. Cette réalité n’est jamais altérée, effacée ou modifiée, elle m’intéresse et elle m’attire dans toute sa complexité. Ma pratique est de travailler « ici et maintenant ».»
Felice Varini

Après Erwin Wurm en 2008 et Roman Signer en 2012, c’est à Felice Varini, autre artiste de la collection permanente Estuaire Nantes-Saint-Nazaire, d’habiter le beau volume de la HAB Galerie.

En 2006, Felice Varini découvre le port de Saint-Nazaire et ses perspectives cinématographiques de bassins et de bâtiments industriels. C’est dans ce fantastique terrain de jeu qu’il va réaliser la plus grande œuvre qu’il ait jamais faite jusque là. Il réussit à cette occasion un autre tour de force, symbolique celui là: il fait se retourner à 180 degrés le regard des visiteurs de cette terrasse panoramique qui jusque là ne se posait que sur le paysage — certes fascinant — de la rencontre de la Loire avec l’Atlantique; le port, activité historique de Saint–Nazaire, était d’un coup révélé.

Explorer le travail de cet artiste magicien à travers une grande exposition à caractère rétrospectif est une gageure. Felice Varini développe un art de l’in situ, il agit en sa qualité d’artiste sur la réalité physique d’un paysage, d’une architecture. Dès ses débuts, il s’est affranchi du cadre de la peinture pour la développer dans l’espace. Paradoxalement, il met à jour le caractère fondamentalement bidimensionnel de la peinture puisque vue d’un point très précis, les fragments peints dans l’espace s’assemblent pour former une géométrie parfaite qui s’impose au regard. En dehors de ce point de vue, c’est l’éclatement de la figure, les volumes de l’espace qui reprennent le dessus.

Proposer ce type d’exposition à Felice Varini, c’est donc lui proposer une architecture qui lui permette de «rejouer» des œuvres qui ont particulièrement compté dans son parcours, agencer la HAB Galerie en autant d’espaces que d’œuvres. Des premières de 1979 à celles qu’il a développées tout récemment, de ses fameuses anamorphoses peintes à son travail photographique ou au fusain, l’exposition prend la forme d’un parcours labyrinthique dans l’œuvre de l’artiste. «Suite d’Eclats» en est l’image: une appréhension autant physique que mentale des points de rencontre entre l’espace, la forme et la couleur.
David Moinard, Commissaire de l’exposition

L’exposition se compose d’une vingtaine d’œuvres, et se prolongera à Nantes sur la façade du Hangar à Bananes, dans les cryptes de la cathédrale, et aux Galeries Lafayette.

Felice Varini est né en 1952 à Locarno (Suisse), il vit et travaille à Paris.