ART | EXPO

Su Xiaobai

13 Juin - 26 Juil 2014
Vernissage le 13 Juin 2014

Le médium et le format fusionnent par la technique de la laque, donnant naissance à une présence et une essence. En noir et blanc et en couleur, les œuvres se dressent face au spectateur, avec leurs formes et leurs contours. Leur interaction génère leur unicité, et c’est l’artiste, l’intercesseur, qui crée le contexte, la vision et la présence.

Su Xiaobai
Su Xiaobai

Dans ses interviews et ses déclarations, l’artiste insiste sur le fait qu’il n’y a pas de véritable «intention» dans son travail… Les œuvres lui viennent, non pas sous le coup de l’inspiration, mais dans un état d’esprit qui ne peut réellement être décrit. Cependant, les œuvres se suffisent à elles-mêmes, et c’est cette présence qui demande, qui attire notre regard. Les œuvres prouvent leur propre existence et demandent à être considérées ainsi.

Au commencement étaient les «œuvres». Pas des idées, des techniques, des théories ou des résultats. Les dires de l’artiste fournissent les seules clés — apparemment hermétiques, mais éloquentes. Il nous faut écouter ses commentaires qui servent d’avertissement: «J’espère que mes œuvres font preuve d’une originalité essentielle, une originalité à laquelle je fais attention et que je poursuis».

Nous sommes en présence d’un processus, mais pas d’une «inspiration» dans le sens traditionnel. Les œuvres se dressent devant nous en noir et blanc et en couleur, avec leurs formes et leurs contours. Leur interaction génère leur unicité, et c’est Su Xiaobai, l’intercesseur, qui crée le contexte, la vision et la présence. Si on met de côté l’ensemble des écoles et des traditions, nous avons devant nous les œuvres d’un artiste qui est avant tout cela: pas chinois, pas abstrait, pas étranger. Elles sont ici devant nous pour être vues.

Beaucoup a déjà été dit sur le séjour de Su Xiaobai en Allemagne. Selon ses propres dires, il ne s’agissait pas d’une «errance», mais d’une fuite. On pourrait soutenir que le «lieu» en question — l’Allemagne — fut moins un choix qu’une heureuse solution. L’ «altérité» d’un pays étranger n’a de sens que parce qu’il s’agit d’un ailleurs, un «autre». «Le travail génère le travail», a dit Richard Serra, et il semble que le travail réalisé par Su Xiaobai est clairement défini. L’équilibre entre l’exécution, la préparation, la composition et l’attente est question d’harmonie, une promenade entre la matière et l’espace, où le corps même de l’artiste sert de dénominateur. Et une fois de plus, le battement de son propre cœur, son propre souffle, s’unissent en un «tai chi» instantané, où l’artiste est inséparable de son œuvre.

Une vie entière qui comprend également le concept d’«entièreté» souligne l’état de l’artiste au travail. Su Xiaobai a été très clair à propos de son inspiration ou plutôt du manque d’inspiration: l’œuvre vient de «nulle part». On pourrait dire que ce «nulle part» n’est même pas le «vide» décrit par François Cheng dans ses études sur l’esthétique chinoise. En un mot, l’œuvre vient de sa propre fabrication, le moment de sa propre préparation. Ni forme ni couleur ne semblent influencer les choix de Su Xiaobai; les œuvres existent seules, comme un tout, et sont définies par leur propre exécution. Comme il a dit: «Je ne m’applique plus à décrire la nature, ni ne me restreins au monde naturel, mais je me concentre sur la création de la peinture».

La technique de la laque, la «phusis» du processus de peinture de Su Xiaobai, incarne la double existence de son origine: un de ceux dérivés du sumac asiatique. Le médium et le format fusionnent ici. Comme imitateur de la nature, cette technique sert à nous rappeler l’essence de l’art: aussi loin qu’on aille dans le futur, ses racines pénètrent la terre et l’atmosphère qui l’entoure, dépeinte de manière si sublime par Le Bernin dans son «Apollon et Daphné» dans la Galerie Borghèse à Rome. Et l’homme, l’artiste, qu’il utilise du bois, du lin, de la toile, ou du papier, doit encore échapper à cet enracinement. En tant qu’argument, la photographie est liée à la lumière, et les arts électroniques sont inséparables de la physique. Ce que nous avons ici est une présence et une essence. De plus, l’artiste est une partie animée du monde qui l’entoure, et ainsi le microcosme qu’il a créé est placé dans une perspective particulière, qui lui permet de transmettre cette essence au spectateur.

Sydney Picasso, avril 2014 (extraits)