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Still Water

Une exposition collective sur le thème de l’eau. Tour à tour elle prend forme, se révèle comme une surface sombre, se conserve dans une architecture utopique, apparaît telle le support d'un paysage fantasmé, ou se fige pour l'éternité. Ici, l'eau devient souffle magique et éphémère, miroir de nos rêves.

C’est près de l’eau que j’ai le mieux compris que la rêverie est un univers en émanation, un souffle odorant qui sort des choses par l’intermédiaire d’un rêveur», nous confie Gaston Bachelard dans son essai L’Eau et les Rêves. L’exposition collective «Still Water» substitue au rêveur ses comparses artistes qui nous livrent, par un ensemble varié d’objets, des réflexions autour de l’eau.

Celle-ci se fait tout d’abord entendre et voir par une goutte semblant choir dans une flaque sombre nommée Vallen et réalisée par Cécile Beau. Les ondulations concentriques de l’eau instituent poétiquement le mensonge de cette goutte existant seulement par le son. Pourtant, malgré ce tour de passe passe avoué, l’œuvre continue à nous fasciner et à nous faire imaginer cette fuite au plafond de la Galerie 22,48m2.

Un autre simulacre de dégâts des eaux se fait paradoxalement jour au pied d’une cimaise vantée hydrofuge et qui sous l’action de Lucie Le Bouder aura succombé à une infiltration, entreposée plusieurs semaines auparavant dans une cave humide. Cette dernière, déplacée au sec, soutient un petit tableau emprisonné à jamais dans le temps par une glace artificielle.

Enneigée par Laurent Pernot cette peinture, figurant un chemin, nous conduit vers d’autres contrées où l’eau vivifiante — ou au contraire impitoyable — a laissé des traces. Ainsi de l’autre côté de la paroi de placoplatre, nous faisons face à des constructions délaissées dans un territoire dévasté, il y a peu, par le tsunami qui a ravagé le Japon.

Les photographies de Claudia Larcher répondent à la vue d’une skyline minutieusement dessinée par Géraud Soulhiol. L’exubérance architecturale des châteaux d’eau y est représentée par la juxtaposition sur un même panorama de ces constructions typiques des villes actuelles.

La recomposition est également sous-jacente derrière le Tour du monde en instantané proposé par Emilie Brout et Maxime Marion. Nous faisons face à une image panoramique, fruit de l’objectivation du paysage sur un axe donné du globe terrestre. Cette opération est rendue possible par l’accumulation des prises de vues satellitaires au sein du logiciel Google Earth©. L’écran et ses pixels présentent alors une image moyenne, mais possible, de notre monde.

Ce paysage fantasmatique entre en écho avec l’économiseur d’écran créé par Caroline Delieutraz qui, par des effets spéciaux grossiers, conserve l’idée d’une évasion potentielle. Le paysage se liquéfie ici, et les pigments se mélangent à la solution aqueuse dans les différents contenant emboîtés par Leopoldo Mazzoleni.

Ailleurs, un jet d’eau s’extrait avec force du mur et se fige sculpté dans le bois par Sang-Sobi Homme. L’œuvre rappelle les arroseurs automatiques posés dans les champs et renvoie ainsi à des souvenirs de vacances, tout comme les piscines décontextualisées par Claire Trotignon.

L’eau prend forme; se révèle comme une surface sombre; se conserve dans une architecture utopique; apparaît telle le support d’un paysage fantasmé ou se fige pour l’éternité … L’eau nous constitue et nous entoure inexorablement. L’eau devient ce souffle magique et éphémère qui sur le miroir façonné par Jean-Baptiste Caron nous pose ce doute existentiel: Et si rien n’avait jamais été. L’exposition semble alors nous demander si cette eau ne serait pas finalement l’un des miroirs de nos rêves?

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