ART | EXPO

Steven Pippin

30 Sep - 02 Déc 2007
Vernissage le 29 Sep 2007

L’exposition fait suite à une résidence de l’artiste au Domaine de Kerguéhennec qui a débuté en 2005.

Communiqué de presse
Steven Pippin

S’il apparait sous la blouse blanche de l’ingénieur ou de l’horloger, muni d’un tournevis et courbé sur son ouvrage, dans un photoportrait parodique de 1993, c’est plus souvent dans un austère costume noir, un rien étriqué, que Steven Pippin évolue dans ses espaces d’investigations favoris : les toilettes publiques et les laveries automatiques. Le travail de Pippin s’est longtemps identifié à la “saga d’un photographe amateur” obsessionnellement appliqué à transformer certains objets ou espaces liés aux rituels d’hygiène corporelle en chambre photographique. À la fois émetteur et récepteur de l’image, ces premiers objets transformés se présentaient déjà comme des machines “célibataires” (pour faire écho à Marcel Duchamp), tournées vers elles-mêmes, auto-génératrices et s’offrant comme de circulaires métaphores de la recherche solitaire. Ce qui frappe chez Pippin, c’est son incomparable force de concentration, notamment lorsqu’il s’expose volontairement aux contraintes les plus absurdes. Cette opiniâtreté, Pippin en trouve un modèle en l’astronome John Flamsteed dont la maison-observatoire se trouve tout près de son atelier, à Greenwich. Après s’être cantonné dans des espaces plus ou moins scabreux, l’artiste a étendu son champ d’investigation vers les étoiles.

Autre dispositif « célibataire », en effet, le système des planètes. Steven Pippin n’est pas le premier à s’être penché sur les forces qui permettent à tous ces éléments de tenir ensemble en mouvement. Il n’a pas inventé une nouvelle théorie. Il n’est pas astronome et il n’a aucune prétention à le devenir. C’est plutôt du côté des obscurs fabricants d’horloges astronomiques des XIV et XVe s, qu’il s’est rangé en mettant au point un monumental modèle animé du système solaire organisé autour d’un sphérique trou noir. Commande permanente du siège du Forum des sciences, à Berlin, une variante de dimension imposante de ce « grand œuvre » sera montrée à Kerguéhennec.

L’artiste s’assigne ensuite un autre objectif, tout aussi complexe et absurde, et qui procède du même souci de contraindre à l’immobilité par le mouvement: faire tenir un simple crayon debout sur sa pointe. Le plateau mécanisé sur lequel se tient le crayon bouge, lui, de manière imperceptible. Il corrige ainsi l’inéluctable instabilité du corps en déséquilibre. Il ne communique pas au crayon un mouvement qui le tient debout mais il se tient prêt à intervenir et de fait il intervient tout le temps pour contrarier l’inéluctable chute. Ce dispositif « intelligent » fait ainsi échec à l’attraction terrestre, laquelle ne tolère de crayon immobile qu’horizontalement couché, ou pris dans un système de contraintes. Détail parmi d’autres, le crayon choisi porte l’indice de dureté et d’intensité 2B,parce que, comme le soutien Pippin en plaisantant : « 2B or not 2B », et parce que c’est la condition de l’artiste de se poser des questions essentielles, jugées infécondes par tout autre que lui.

L’exposition rendra également compte des recherches menées par l’artiste pendant son séjour en Bretagne, notamment un hommage au « moment décisif » d’Henri Cartier-Bresson.