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Stéphane Sautour

PNicolas Bauche
@12 Jan 2008

Épure des lignes, choix de matériaux simples : Stéphane Sautour fait peau neuve dans cette exposition. Ses Papous in the Head pourraient d’ailleurs être le second volet d’un véritable work in progress de l’art contemporain français. Après Dewar et Gicquel, Sautour met son art au vert…

La galerie Lovenbruck est vide, son lambris parfaitement vernis. En gros, tout est impeccable. Soudain, les lattes du plancher bombent sous une force étrange qui achève de le craqueler et laissent ainsi passer l’une des œuvres non identifiées de Papous in the Head. C’est le genre d’histoire qui traverse l’esprit à la vue d’Idoru B2, sorte d’insecte en bois se tenant les pattes écartées au dessus d’un trou dans le sol.

Avec Stéphane Sautour, le lambris aurait muté en un hybride tout droit sorti de la Guerre des mondes. L’édifiant est donc au rendez-vous dans ces étranges Papous in the Head. C’est d’ailleurs par le traitement d’un certain primitivisme que l’exposition fait mouche. Il y a en effet chez Stéphane Sautour un désir de travailler l’exotisme par le détour, de faire pivoter l’Océanie (une référence d’Idoru B2) et l’Afrique (P-I-T-H, 2007) autour d’une carte de l’Europe maculée de noir (Ginnun Gagap).

A l’heure où les Arts premiers ont leur musée, est-ce là une manière de rappeler le mépris dans lequel le colonialisme a tenu les cultures dites primitives ? En tout cas, depuis les travaux de Dewar et Gicquel réalisés en collaboration avec le Victorian College of Art de Melbourne, l’art contemporain français prend la tangente pour d’autres territoires esthétiques.
L’aventure des deux compères aux antipodes semble avoir initiée une migration à laquelle Stéphane Sautour est le dernier à avoir cédé jusqu’à ce jour. Une page de sa vie d’artiste viendrait-elle de s’achever ? En est-il fini de l’enfant terrible de l’art français, prêt à user sans vergogne des technologies dernier cri – rappelez-vous de l’exposition en 2002 dans les mêmes lieux ?

Maintenant l’artiste travaille le bois (Idoru B2), la suie et la silicone pour façonner des monticules à visages humains. P-I-T-H, ce sont trois masques africains bouche bée ou les yeux mi-clos, posés sur les plumes de leur parure.

On sent chez l’artiste un désir de simplicité, d‘aller à l’essentiel. C’est là un point de divergence avec le duo Dewar et Gicquel : leur Papous à eux étaient faussement naïfs, modelant la nature comme de la technique, alors que Stéphane Sautour cherche la beauté essentielle dans la matière.

Avec cette exposition qui est un modèle d’épure — des matériaux sans chichi et un minimum d’œuvres —, Papous in the Head donne à voir un Stéphane Sautour dégraissé jusqu’à l’os. L’exemple Dewar et Gicquel a fait son effet …

Stéphane Sautour
Idoru B2, 2007. Marqueterie de bois, 300 x 180 x 150 cm.
Ginnun Gagap, 2007. Encre sur papier. 118,5 x 70 et 163,5 x 59,5 cm.
P-I-T-H, 2007. Silicone, suie. 19 x 28,5 x 29 cm.
P-I-T-H, 2007. Silicone, suie. 20,5 x 25 x 29 cm.
P-I-T-H, 2007. Silicone, suie. 23 x 36 x 37 cm.
P-I-T-H, 2007. Silicone, suie. 24 x 23 x 24,5 cm.