DANSE | SPECTACLE

Speak low if you speak love

14 Déc - 14 Déc 2016
Vernissage le 14 Déc 2016

Empruntant son titre à la pièce de Shakespeare Beaucoup de bruit pour rien, le spectacle de Wim Vandekeybus, Speak low if you speak love, veut saisir les tensions et les contradictions du sentiment amoureux. La Filature, à Mulhouse, présente cette création qui combine danse classique, danse contemporaine, musique rock, et chant.

Si l’amour peut à juste titre être considéré le plus capricieux et le plus insaisissable des sentiments, Wim Vandekeybus ne craint pas d’en explorer les motifs, et d’en comprendre l’apparente confusion qui marque et entrave son développement dans Speak low if you speak love. Si sa puissance peut emporter les âmes et les cœurs, elle peut aussi les détruire et se révéler source de tourments et désolation.

Speak low if you speak love entre rire et désolation

La troupe qui entoure Wim Vandekeybus, composée de huit danseurs et huit interprètes, met en avant les oscillations de l’amour, ses fulgurances et ses vertiges, sur la musique composée et jouée par Mauro Palowski, accompagné de la chanteuse de jazz sud-africaine Tutu Puoane.

Speak low if you speak love se compose d’une suite de tableaux racontant très librement des histoires d’amour célèbres et entremêle moments de danse, de brutalité, et humour, dans une atmosphère singulière. En choisissant d’adopter une telle esthétique, Wim Vandekeybus introduit un véritable décalage sinon une confusion des genres entre féérie, comédie, et tragédie noire. Le spectacle s’ouvre ainsi sur un lancer de corde dans l’assistance dont on ne sait s’il est signe d’appel à l’aide ou tentative de se frayer un passage entre la scène et le public ; on voit une cantatrice hystérique et une danseuse encastrée dans un cerf-volant ; et que dire de ce cercueil où sont enfermés les vivants ?

Le chaos de l’amour

L’amour importe à Wim Vandekeybus mais ne triomphe pas, les moments privilégiés où il s’exprime laissant rapidement place aux convulsions violentes de la mort. Sur scène, les danseurs, visages voilés et dénudés, se fuient, se heurtent, les couples se forment après un combat à mort, et le rythme se précipite brutalement. L’amour n’apaise pas, l’amour ne susurre pas ; il est plutôt hurlement de douleur puisque la relation amoureuse est avant tout dominée par la souffrance.

Mais ce registre de la brutalité physique ne doit pas faire oublier la chorégraphie de Speak low if you speak love. Si celle-ci peut certainement recevoir diverses interprétations, elle ne manque pas de souligner les désirs sourds qui taraudent le sentiment amoureux. Les visages voilés des danseurs dans le tableau d’ouverture du spectacle symbolisent les pulsions réprimées par la conscience. Pulsions pernicieuses qui emportent les corps, désirs exprimant crument leur immédiateté dans des scènes d’euphorie ou de désolation.