ART | EXPO

Souvenir

31 Mai - 21 Juil 2012
Vernissage le 31 Mai 2012

Thomas Lerooy prolonge son exploration des frontières intimes de l'être humain, en présentant trois sculptures et un ensemble de dessins portant sur le thème du souvenir. Ses œuvres poursuivent également une démarche visant à réinterpréter des modèles empruntés à la statuaire classique, qu'elles revisitent avec une gravité teintée d'humour noir.

Thomas Lerooy
Souvenir

Si l’objet souvenir existe comme tel c’est, remarque Thomas Lerooy, uniquement par la pensée immatérielle que son propriétaire lui associe: «l’objet lui-même n’a pas de signification réelle autre que le lien psychologique qu’il lui attache comme symbole d’une expérience vécue dans le passé. Sans le propriétaire, la signification de l’objet ne peut se manifester ni s’exprimer».

L’interrogation sur la psychè humaine se double ici d’une réflexion formelle. Comment donner à voir le nouveau statut qu’acquiert l’objet aimé avec le temps? «Il se présente sous une forme inédite qui gagne en valeur, la poussière qui le recouvre matérialise l’écoulement de la mémoire en lui conférant une certaine beauté, perceptible dans cette nouvelle temporalité», note Thomas Lerooy. Une poésie mélancolique qui émerge des trois sculptures présentées au cœur de l’exposition.

Un jeune garçon en patine noire sur bronze est recroquevillé, et tourne le dos au spectateur: il est maintenu en suspension par des cordes peintes en orange, qui l’attachent à un clou en acier accroché au mur. Personne n’est venu récupérer cet enfant encore recouvert de langes qui a manifestement été oublié là. Il est devenu un jeune garçon qui accepte avec résignation son sort, et pose un doigt sur sa bouche pour ne pas inopportunément être dérangé.

Des débris sont entassés dans une boîte en carton, moulée en bronze et disposée au sol. Il s’agit de fragments d’une sculpture de l’artiste — Falling apart together — maintenus ensemble par un cordage orange, comme un cadeau que l’on aurait oublié d’offrir, et qui aurait été relégué dans un coin de l’atelier. En emballant ces corps décomposés, Thomas Lerooy parvient à recréer de la beauté à partir d’une matière détruite, mise à mal. Dans une coupelle de fruits brisée par un tremblement de terre, deux poires en bronze, argentées et brillantes poursuivent leur croissance en tendant l’une vers l’autre, cherchant à retrouver la proximité perdue. Elles résistent au chaos environnant par ce mouvement de réunion qui les voit s’élancer sur le plan précaire d’un plat menaçant de s’effondrer. La douceur sensible et la corpulence des poires contrastent avec la violence de ces brisures, signes d’un monde qui a volé en éclats.

Thomas Lerooy identifie la notion de souvenir à cette tension qui naît entre l’idée de l’élévation et celle de la chute — la densité émotionnelle du vestige résidant dans sa capacité à évoquer au même instant la grandeur disparue et la déréliction présente dans une mise à nue de la cruauté de la condition humaine, qui convoque l’héritage de Bruce Nauman et son esthétique de l’avilissement des corps. La mise en scène rappelle celle de natures mortes: les débris disposés comme des ruines, l’enfant oublié au mur de la galerie supposent une temporalité antérieure pour le spectateur. Dans cet état de quiétude et de calme apparent où le temps s’est figé, les sculptures paraissent abandonnées. Elles n’en sont pas moins animées d’une vie secrète et mystérieuse.
En révélant leur expressivité à l’observation plus circonspecte du spectateur, les œuvres de Thomas Lerooy transmettent au spectateur la vitalité de la mémoire et s’imposent comme la manifestation tangible et sublimée de ces «deuils éclatants» qui parsèment les existences humaines.

À contre-courant des modes de la sculpture actuelle, Thomas Lerooy poursuit avec «Souvenir» sa démarche de réinterprétation des modèles empruntés à la statuaire classique, qu’il revisite avec une vivacité résolument contemporaine et une gravité teintée d’humour noir, qui n’est pas sans rappeler le Maurizio Cattelan de «Comment un écureuil a-t-il pu en arriver là?» À partir d’un matériau traditionnel — les sculptures sont réalisées en bronze via la technique de la cire perdue —, il exprime sa fascination pour les formes du corps humain, qu’il malmène en les figeant ou en les décomposant. Demeurent des silhouettes muettes et désarticulées, qui évoquent la fragile puissance de chefs d’œuvres en péril.

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