DESIGN

Small Talk

PCéline Piettre
@16 Jan 2008

Avec la complicité des Arts Décoratifs, le designer allemand Kontanstin Grcic, « Créateur Now ! design à vivre en 2007 », nous convie à d’étonnantes mondanités. En invités de marque : quelques unes de ses créations récentes, dont la fameuse lampe May Day, s’offrent un face à face avec les collections du musée — pour le moins énigmatique…

Imaginez un lieu où les objets, subitement doués de parole, dialogueraient entre eux à travers les âges, dissertant de la pertinence d’un matériau ou de la vanité d’une courbe. Un lieu hors du temps, qui unirait dans un volubile tête à tête un berceau du XIXe siècle à une gamme de tasses et de théières, une pendule ornementale du règne de Louis XV à un fauteuil lesté de béton.
Autant de rencontres, de petites amourettes de l’inanimé, avec leurs querelles et leurs états d’âme…

Provoqués par Konstantin Grcic pour la Galerie d’Actualité des Arts Décoratifs, ces duos inattendus — création du designer d’un côté, pièce du musée de l’autre — doivent leur éloquence au critique d’art Pierre Doze, auteur d’excentriques conversations matérielles. Tout au long du parcours, un texte défilant nous livre les pensées intimes des objets, comme si ces derniers s’étaient hissés à un certain degré de conscience humaine. Á eux, désormais, de ressentir les angoisses de l’âge et de s’interroger sur le bien fondé d’une ligne ou d’une couleur, sur le sens de leur existence formelle.
L’on comprend mieux alors, le titre choisi pour l’exposition, Small Talk, qui fait référence à l’un des premiers langages de programmation objet, créé en 1972 et toujours utilisé aujourd’hui.

Mais s’il donne un sens possible à ces curieuses associations, le critique d’art n’enlève rien au mystère qui les a faits naître. Ainsi, ne tardant pas à suivre son exemple, on s’amuse à chercher l’origine secrète du rapprochement entre une table pliante et une chaise d’enfant, un tabouret et une poubelle, un mortier — ustensile servant à piler certaines substances culinaires ou pharmaceutiques — et une étagère. Comme lui, on se prend au jeu des ressemblances et des contraires, qui lie ou oppose le lourd et le léger, la courbe et droite, l’ostentatoire et l’économe, le trivial et le sacré, l’ancien et le nouveau.

Un dialogue qui va comme un gant au designer, connu pour être l’inventeur d’un minimalisme rigoureux teinté de fugitives audaces. Derrière leurs grands airs méticuleux d’objets fonctionnels — proches du travail de son co-disciple Jasper Morrison — les créations de Konstantin Grcic taquinent les maître mots du design traditionnel : commodité, stabilité, utilité.
Et ce n’est pas sans une certaine dose de cynisme qu’il donne à son siège Chaos une assise étroite et une silhouette acérée, invitant seulement les plus intrépides à s’y asseoir. Rien d’anodin non plus, dans les mots attribués par Pierre Doze à ce même objet, et qui résument à eux seuls les inventives rébellions du designer : « Comment ne plus parler de confort, oublier le joli. Lui préférant le déséquilibre et le mouvement. L’entamé et l’interrompu ».