ART | CRITIQUE

Si l’on pouvait être un Peau Rouge

PSarah Ihler-Meyer
@22 Jan 2009

L’impossibilité de cadrer, d’objectiver l’Autre, est au cœur de la nouvelle exposition de la galerie GB agency. Avec Si l’on pouvait être un Peau-Rouge, Mark Geffriaud confronte la volonté de maîtrise — propre à l’occident — à sa vanité. Ici, le regard rate inexorablement l’Autre, et ne perçoit que lui-même dans le miroir.

Contre toute attente, Si l’on pouvait être un Peau-Rouge invite à l’expérience du dessaisissement. Là où le spectateur compte sur l’artiste pour lui procurer un ensemble d’images sur les Peaux Rouges — afin d’en fixer l’identité — il est en réalité mis à l’épreuve du vide. Installation éphémère, cette œuvre se présente comme une exploration paradoxale : une avancée non pas vers un toujours plus de savoir — qui est une forme de maîtrise — mais vers un toujours moins de compréhension — terme qui renvoie au fait de posséder.

Des panneaux ocres, disposés selon des angles variables, composent ce circuit du désapprentissage. Sans la moindre notice explicative, les pans de ce parcours sont en grande partie dénués d’accrochage. Deux d’entre eux présentent un petit cadre, à l’intérieur duquel une photo ou une carte postale glisse, jusqu’au point de disparaître dans l’encadrement, ou au contraire, de basculer du côté du spectateur. En d’autres termes, la tentative d’épingler l’Autre échoue.

Dans le même ordre d’idées, la carte postale a pour seule inscription la phrase suivante: «Adress only». Quant à la photographie, son sujet est non pas quelques tentes indiennes, mais des autoroutes américaines.

Plus loin, dans un angle aigu, est fixée une feuille de papier blanc de la taille d’une carte du monde. Outil de contrôle, cet objet est ici nul d’informations. Seule une croix —signe de possession— est inscrite à sa surface. De telle sorte qu’une fois encore, là où le spectateur s’attend à acquérir des connaissances, il en perd.

Non loin de cette anti-carte, un vidéo-projecteur est placé au sol. Son faisceau atterrit au même niveau, sur un verre monté dans un cadre de bois, au bas duquel jonchent quelques feuilles de papier bleu, blanc et vert. La projection, quasiment imperceptible, consiste en une feuille de papier blanc. Au cours de l’exposition, celle-ci finira par brunir, se noircir, jusqu’à disparaître. À nouveau, l’espoir d’en savoir plus sur les Peaux-Rouges est déçu.

Dans une autre salle, des reproductions de photographies, du verre et des morceaux de contre plaqué, sont étalés sur une grande table. Ce simulacre de chantier convoque l’idée que le projet de saisir l’Autre est sans fin.

Pour conclure, plus que de frustrer sa volonté de maîtrise, l’absence d’informations renvoie le spectateur à ses clichés, qu’il projette à la surface des feuilles blanches, et à sa propre image, reflétée dans le vide des cadres.

Mark Geffriaud
— Si l’on pouvait être un Peau-Rouge / Looking Forward, 2009. Installation. Cadre (39 x 39 cm), carte postale, marie-louise, découpage dans panneau de bois (250 x 200 x 5 cm).
— Si l’on pouvait être un Peau-Rouge / Cross Dissolve, 2009. Installation. 3 feuilles A2 colorées (42 x 59,4 cm), 2 feuilles A4 blanches (21 x 29,7 cm), une feuille blanche A4 froissée, un projecteur de diapositives, un fragment vierge de magazine, 2 panneaux en bois articulés sur charnière (250 x 200 x 5 cm).
— Si l’on pouvait être un Peau-Rouge / Table d’orientation, 2009. Installation. 6 impressions pigmentaires sur feuilles de papier A1 (58,5 x 88 cm), plaque de verre (58,5 x 88 cm), et bois (bouleau et médium) 200 x 400 x 57 cm.
— Si l’on pouvait être un Peau-Rouge / For Susan’s, 2009. Installation jet d’encre sur feuille de papier A4 (21 x 29,7 cm) panneau de bois (250 x 200 x 5 cm) avec découpe de 89,1 x 21 cm et étagère 29,7 x 59,4 x 21 cm.
— Si l’on pouvait être un Peau-Rouge / For Raymond, 2009. Installation. Impression pigmentaire sur papier (210 x 150 cm) et panneaux de bois articulés sur charnières (250 x 200 x 5 cm).

AUTRES EVENEMENTS ART